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Quelle pratique possible en restant dans le monde ?

 

Le témoignage de Tara Choying Lhamo est tout simplement extraordinaire, on reste émerveillé devant une pareille détermination. Après avoir été élevée dans le confort occidental, elle se retrouve dans une grotte, sans même pouvoir se faire chauffer une simple soupe, et que dire des difficultés qu’elle ne détaille pas pour répondre aux besoins élémentaires de son corps,  et sa vulnérabilité en tant que jeune femme, loin de tout secours ?

Sa détermination se fonde sur le fait qu’elle ne doute pas de sa capacité à atteindre l’éveil. Quel encouragement pour les femmes ! Elle démontre – comme Jetsunma Tenzin Palmo l’a fait vingt ans plus tôt –  que, femme et occidentale, elle peut pratiquer le Dharma avec autant – voire plus – de persévérance que des Tibétain·e·s, monastiques ou non.

Face à un tel engagement, on se demande quelle pratique est possible en restant dans notre monde moderne ?

 

Tara Choying Palmo nous dit :

« Si on a une forte aspiration d’arriver à s’éveiller, alors on peut avoir besoin de solitude. Cela dépend de la force de notre aspiration à atteindre les moments d’éveil. Comme j’étais très motivée, je suis allée en solitude, mais si vous ne ressentez pas cette urgence, vous pouvez être attentive là où vous êtes. »

Elle ajoute :

« L’essentiel c’est de développer la conscience attentive (mindfulness). Toute la technologie à notre disposition maintenant peut être mal utilisée, il faut l’utiliser consciemment. »

Toute la technologie, c’est-à-dire Internet, peut être bien ou mal utilisée. Grâce à Internet, on a un accès formidable au Dharma, aux centres, à l’information, mais on peut se faire piéger par l’abondance d’enseignements en ligne,  de vidéos, de sites, et passer son temps à surfer ou, pire, à se disperser sur les réseaux sociaux.

Ce que démontre Tara Choying Palmo, c’est que l’écoute d’enseignements, la lecture de livres, l’étude de textes sont certes nécessaires, mais la transformation et la réalisation nécessitent une discipline du mental par la pratique, et une pratique exigeante, sinon, comme le dit aussi Ayya Khema « nous ne sommes qu’un club de gens partageant les mêmes vues ».

Se retrouver à certains moments dans le cadre d’une pratique soutenue parait donc indispensable, c’est pourquoi les différentes traditions proposent différents types de retraites.

 

Passons-les en revue

D’abord dans le Théravada :

Les retraites se déroulent en silence. La journée est une alternance de méditation assise et de marches lentes conscientes. Il y a généralement la possibilité d’entretiens individuels. Le soir il y a un « Dharma Talk », une causerie sur le Dharma par un·e enseignant·e. Les méditant·e·s participent généralement, par une heure de pratique attentive par jour, à la préparation des repas, au nettoyage, etc.

La durée des retraites varie de quelques jours à trois mois.

En France, Jeanne Schut propose des retraites de 2 à 7 jours. Le Refuge propose des retraites de 7 jours. Terre d’Eveil propose des retraites de 2 à 7 jours. Patricia et Charles Genoud animent des retraites d’une semaine, et offrent tous les deux ans, une retraite de quatre semaines en février. En Belgique Dhammagroup propose des retraites de quelques jours à trois semaines. En Suisse francophone, Anne Michel propose des retraites de quelques jours à une semaine et une retraite d’un mois en janvier. En Angleterre, à Gaia House, il y a une retraite de 4 semaines en novembre, à IMS aux Etats Unis, trois mois de début septembre à début décembre.

Les longues retraites apportent un grand bénéfice, c’est pourquoi elles sont très appréciées, aussi sont-elles rapidement pleines avec des listes d’attente.

Il faut dire un mot des retraites dites « vipassana selon Goenka » qui se déroulent dans plus de 180 lieux dans le monde. L’initiateur de ces retraites est S.N. Goenka, mort en 2013 à 90 ans. Ces retraites sont toujours organisées de la même façon partout le monde dans la tradition de Sayagyi U Ba Khin, laïc birman et maitre de Goenka. Elles durent exactement dix jours, les hommes et les femmes – en nombre toujours égal –  occupent des espaces strictement séparés, sauf pour méditer. Il y a deux instructeurs, un homme pour les hommes, une femme pour les femmes. Le planning est très strict. Aucune participation financière n’est demandée ni pour l’enseignement ni pour les repas ou le logement, tout est gratuit et payé par celles et ceux qui, en partant verseront leur participation afin que d’autres puissent avoir la même opportunité de pratique. L’organisation matérielle de la retraite est assurée par des bénévoles. Ce système qui parait bien improbable dans notre monde matérialiste fonctionne pourtant depuis des décennies partout dans le monde. Les retraites sont toujours pleines, avec liste d’attente, dès que les inscriptions sont ouvertes.

Le Zen vietnamien

Il s’agit de la sangha du maitre Thich Nhat Hanh, au Village des Pruniers et à la Maison de l’Inspir. Il y a des journées de pratique et des retraites de quelques jours à trois semaines avec une retraite d’hiver de trois mois. Voir le programme d’un journée à la maison de l’inspir. Voir le témoignage de laïques ayant suivi une retraite de 90 jours au Village des Pruniers.

Le Zen Japonais

Les journées de pratique et de retraite dans le zen japonais se déroulent en silence ete comprennent des moments de méditation assise coupés de marche lente consciente, et un enseignement dans la journée. Les méditant·e·s pratiquent l’attention aux actes de la vie quotidienne en participant (samou) à la préparation des repas, au nettoyage, etc. Généralement les centres proposent des « sesshins » de quelques jours à une semaine, au printemps, en été et en décembre — pour la sesshin du satori du Bouddha.

La Demeure sans limite propose des retraites de 2 à cinq jours :voir le programme. Catherine Genno Pages Roshi dirige des retraites de quelques jours à 2 semaines. Le dojo zen de Paris propose différentes sesshins d’une semaine. Les enseignantes affiliées à l’Association Zen Internationale ont leur planning de retraite indiqué ici. En Suisse Simone Jiko Wolf propose des sesshins de quelques jours.

Le bouddhisme tibétain

Dans le bouddhisme tibétain, les journées de pratique sont principalement axées sur l’écoute d’enseignements et sur des rituels. Le centre Kalachakra de Paris dispose d’un lieu de retraite à Saint Cosme en Vairais et propose de nombreuses retraites de quelques jours (et des retraites vipassana d’une semaine). Chokor Ling propose plusieurs retraites de deux jours.
Plusieurs grands centres proposent la retraite traditionnelle de trois ans qui implique bien évidemment un engagement important.

Autres courants :

Le centre Shambala propose des retraites de quelques jours à une semaine, y compris des retraites en silence. Lama Wangmo propose également des retraites de méditation.

A part ces retraites formelles encadrées par des enseignant·e·s, il est possible pour celles et ceux qui ne peuvent pas les suivre, de trouver un support par des retraites « en ligne », cela se développe beaucoup aux Etats Unis et arrive en Europe également.

à relire  : Pourquoi des retraites

et aussi : Vivre sans smartphone

 

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