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L’éthique par Jetsunma Tenzin Palmo

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Dans le Bouddhisme, l’éthique comporte de nombreux aspects dont le plus important est l’ensemble des cinq préceptes que chacun.e., moine, nonne ou laïque, se doit d’observer. Ces préceptes sont les suivants : ne pas supprimer la vie, ne pas mentir, ne pas prendre ce qui n’est pas donné, ne pas se livrer à de mauvais agissements sur le plan sexuel, ne s’adonner ni aux drogues, ni à l’alcool.

Le premier précepte

Le premier de ces préceptes est un principe fondamental pour cultiver la non violence. Les préceptes sont des indications pour vivre sans danger dans ce monde. Ce ne sont pas des commandements venus d’en haut, ce sont des principes de base pour vivre sainement dans ce monde. Un être illuminé, tel qu’un Arhat, observera tout naturellement l’ensemble de ces préceptes car ils sont l’expression naturelle d’un esprit libéré. En observant ces préceptes, nous nous efforçons d’amener notre vie à être en conformité avec celle d’un être éveillé.

Ces préceptes sont une sorte de ‘plan indicateur’ qui nous propose une manière de vivre sans causer de tort ni à nous-mêmes, ni aux autres êtres. Les ‘autres êtres’ englobant, outre les humains, les animaux, les insectes, les poissons. Tous les êtres doivent savoir qu’en notre présence, ils n’ont rien à craindre de nous, car nous n’allons pas les tuer, nous n’allons pas prendre ce qui leur appartient, nous n’allons pas les tromper ou mentir ni abuser d’eux sexuellement. Comme nous ne sommes sous l’emprise d’aucune drogue ni d’aucune autre substance toxique, ils sont en toute sécurité auprès de nous. C’est là un point très important.

Si chacun.e., ici-bas, respectait ces quelques préceptes, le monde serait totalement différent de ce qu’il est. En fait, si les bouddhistes seulement respectaient ces cinq préceptes, le monde serait différent. Ces principes fondamentaux sont un support pour mener une vie dans le Dharma, de sorte que, lorsque nous sommes assis.es. en méditation, notre esprit ne soit pas distrait par le regret de choses que nous avons dites ou que nous avons faites.

Le premier précepte qui dit de ne prendre la vie d’aucun être, de ne pas tuer, est fondamental, pour la simple raison que, pour chaque être de la création, sa propre vie est ce qu’il/elle a de plus cher. C’est notre cas à nous tous également : nous n’avons pas du tout envie, cela va de soi, que l’on nous maltraite, que l’on s’en prenne à notre vie. Et il en va de même pour tous les êtres vivants, y compris les plus petites créatures.

Si quelque chose de particulier nous menace, la peur s’empare de nous et notre premier réflexe est de prendre la fuite et de nous éloigner, autant que faire se peut, du danger qui nous menace. Par conséquent, le premier précepte consiste à dire à toutes les créatures : « Soyez tranquilles ! Je n’ai pas l’intention de vous faire du mal ». Ce précepte est basé sur le sentiment d’empathie avec toutes les formes de vie. C’est l’origine, la base, de notre désir de ne causer aucun tort, à qui que ce soit et de quelque façon que ce soit.

Il y a une pratique, dans la tradition Mahayana, qui consiste à se mettre à la place d’un autre. Si l’on fait cela, ne serait-ce que pour une courte durée, on se rend très vite compte de la conduite à adopter à l’égard de l’autre, tout simplement parce que personne ne veut être blessé.

Le deuxième précepte

Le deuxième précepte rappelle qu’il ne faut pas prendre ce qui ne nous est pas donné, autrement dit ne pas voler. Cette affirmation est basée sur le fait que nous n’apprécions pas que les autres prennent ce qui nous appartient, et de la même manière, les autres n’apprécient pas que nous prenions ce qui leur appartient. À nouveau, les autres peuvent se sentir rassurés que nous ne prendrons pas leurs biens, que nous sommes dignes de confiance. Cela peut sembler un précepte aisé à mettre en pratique puisque aucun d’entre nous ne semble être un voleur. Mais cela s’applique également à ce que nous empruntons.

Combien de personnes empruntent à d’autres des livres, des CD, des DVD qui ne leurs sont jamais restitués ! Si par exemple nous empruntons un livre, nous devons en prendre soin, plus même que si c’était l’un de nos livres et le restituer dans son état initial. Il y va de notre responsabilité, sinon cela s’apparente à un vol. Dans notre nonnerie, nous avions une bibliothèque ouverte à tous : les gens pouvaient y venir et emprunter des livres ou des DVD – nous avions de nombreux DVD sur le Dharma – tous, portaient la mention ‘ A rapporter au monastère DGL. Merci’. Mais nombre d’entre eux ont disparu ! C’est vraiment regrettable, d’autant que les emprunteurs étaient de sérieux étudiants du Dharma !

Avant de devenir nonne, je travaillais dans une bibliothèque à Londres, et là, vous voyez la façon dont les gens traitent les livres, des livres de la bibliothèque et qui ne leur appartenaient donc pas. Certains allaient jusqu’à souligner des phrases et faire des marques. Je me souviens qu’un des livres prêtés nous était revenu avec comme marque-page un emballage plastique de bacon ! Nous devons être encore plus respectueux de la propriété d’autrui et la respecter comme on voudrait que les autres traitent notre bien.

Le troisième précepte

Le troisième précepte recommande de s’abstenir de tout comportement sexuel indigne. En d’autres termes, cela signifie vivre sa sexualité d’une façon qui ne cause aucun tort ni à soi-même, ni à d’autres. D’anciens textes traditionnels précisent la longue liste des femmes considérées comme non permises, comme vos sœurs, votre mère, et cela, bien sûr, selon le point de vue des hommes puisque ce sont toujours eux qui ont écrit les textes !

En fait, le point qui importe est celui-ci : cet acte peut-il créer un tort, ou non, à quelqu’un d’autre? Pas seulement les deux personnes impliquées mais quiconque maintenant ou plus tard. Nous devons être authentiquement adultes à propos de nos relations sexuelles et ne pas utiliser le sexe comme une façon d’exploiter les autres

Nous devons comprendre ce que « adulte » signifie. Il existe de nos jours, des endroits appelés « sex-shops pour adultes ». En fait, ces soi-disant « shops pour adultes » sont réellement destinées à des personnes infantiles. La sorte de sexe qu’ils proposent est quelque chose que des adolescents pourraient penser excitant. Il n’y a rien d’adulte là-dedans. Être authentiquement adulte demande une maturité et à être responsable de ses actes qui ne doivent causer de tort à personne.

La pulsion sexuelle étant une force très importante, nous devons être en mesure de la dominer au lieu d’être dominé par elle. Il est clair que des actes tels que l’adultère, le viol, la pédophilie, etc. ne sont pas acceptables. Mais, tout acte sexuel qui, d’une façon ou d’une autre, exploite un autre être enfreint ce précepte.

Le quatrième précepte

Le quatrième précepte est un précepte particulièrement important en relation avec la parole, car nous sommes profondément touchés par ce que les autres disent et comment ils le disent.

Le précepte invite à n’avoir recours ni aux mensonges, ni aux fausses vérités, mais il inclut également les bavardages malveillants, les propos qui désunissent et sèment la rancœur au lieu d’engendrer l’harmonie.

Nos paroles doivent avant tout, être porteuses de vérité. Les gens doivent pouvoir croire que ce que nous disons est un reflet exact de la vérité, en fonction de ce que nous savons ou nous nous rappelons. Nous devons être honnêtes et ne pas essayer de tromper qui que ce soit. Cela fait partie de notre intégrité de pouvoir être cru. Toutefois, il ne suffit pas de dire simplement la vérité. Certaines personnes s’enorgueillissent de toujours parler honnêtement. Mais leur vérité est généralement désagréable et négative, car elle n’est, en fait, que l’exutoire d’une colère intérieure ou d’émotions négatives.

Les paroles ne doivent pas seulement être vraies, elles doivent aussi être empreintes de bonté. Si quelqu’un dit quelque chose de dur, alors nous nous en souviendrons toujours. Nous oublierons tous les mots gentils mais ces mots durs resteront comme un couteau planté dans notre coeur. Nous devons être très attentifs à nos paroles de sorte à ce que les gens se sentent mieux. Même s’ils ont  fait quelque chose de regrettable, comment leur dire d’une façon qui leur permettent de s’amender tout en se sentant mieux en même temps.

Il est bon de se rappeler à quel point nombre de personnes sont fragiles et vulnérables intérieurement. Elles s’efforcent, bien sûr, de paraitre très fortes. Intérieurement, elles sont comme de fragiles petits poussins, homme ou femme, c’est pareil. Les gens présentent une façade extérieure, mais intérieurement, ils sont souvent très sensibles et nous devons savoir cela et ne pas dire ou faire quelque chose qui peut les blesser. Par conséquent nous sommes responsables de nos paroles.

Parfois un couple peut être enfermé dans une relation à l’autre dans laquelle chacun essaie de rabaisser l’autre. Souvent, ils n’en ont même plus conscience parce qu’ils ont pris l’habitude de cet échange négatif. Souvent, les mots prononcés semblent inoffensifs, mais le ton est négatif. C’est une excellente pratique pour nous de prendre du recul pour ainsi dire et de juste s’écouter parler. Écouter nos paroles, écouter le ton de notre voix. C’est un bon exercice pour être conscient, présent, et écouter sans jugement.

Le troisième aspect de ce précepte traite des paroles qui divisent les gens. Nos paroles devraient rapprocher les gens et engendrer l’harmonie. Il pourrait être très utile pour nous de prendre l’engagement de ne dire que du bien de tout un chacun. Nous ne devrions rien dire à propos d’une personne que nous ne voudrions pas qu’elle entende. En particulier avec celles et ceux qui sont des ami.e.s ou font partie de notre sangha, de notre groupe ou de notre communauté. Nous devons être très attentifs à répandre l’harmonie et non le désaccord.

Le Bouddha a parlé, à maintes reprises, de l’importance de l’harmonie au sein de la sangha et de l’importance d’avoir de bons amis. Un jour, Ananda, l’assistant du Bouddha, lui déclara : « Je crois qu’une sincère amitié constitue la moitié de la vie spirituelle. » Ce à quoi le Bouddha rétorqua : « Non, Ananda, elle constitue l’entièreté de la vie spirituelle. » Nous devons prendre ceci très sérieusement : comment apprendre à vivre en harmonie avec notre communauté, avec nos familles, nos collègues, et le monde entier.

Le problème, avec tous ces préceptes est que nous échouons sans arrêt à les respecter, mais nous essayons à nouveau. Le Bouddha n’est pas juché là-haut, dans le ciel, avec un sceptre foudroyant, comme Zeus, prêt à nous frapper si nous ne respectons pas l’un de nos préceptes. Cela dit, cela entraine des répercussions karmiques.

Mais, lorsque que nous échouons à respecter nos préceptes, nous reconnaissons ce que nous avons fait, nous en éprouvons du remords  et nous suscitons la détermination de mieux faire à l’avenir.

C’est comme un petit enfant qui tente de se dresser sur ses petites jambes flageolantes. Il se lance, fait un ou deux pas et tombe. Il recommence, il se lève, il marche un peu et à nouveau il tombe. Encore, et encore, à chaque fois, il va un tout petit peu plus loin.

Si l’enfant pensait en lui-même : « C’est trop difficile !, à l’évidence, mes jambes sont trop faibles, inutile d’essayer. Chaque fois que j’essaie, je tombe. Ces adultes, ils ont de grandes jambes fortes, ils peuvent marcher. Mais moi, je n’y arriverai jamais. » Il s’assiérait par terre, sans bouger.  Mais bien sûr, les enfants ne sont pas si stupides. Ils savent que si les autres peuvent le faire, eux aussi. Progressivement leurs jambes deviennent plus fortes, ils sont capables de rester debout et ils apprennent comme marcher et bientôt ils finissent par courir de tous côtés.

Il en va de même pour ce qui concerne l’observance de nos préceptes. Nous essayons, nous vacillons, puis c’est la chute. Alors nous nous relevons et nous poursuivons, jusqu’à parvenir à marcher sans effort. C’est une bonne idée aussi de considérer les préceptes comme des moyens de nous rappeler nous-mêmes.

Quant au quatrième aspect de ces préceptes de la parole, c’est celui qui s’élève contre les bavardages inutiles, les commérages. Cela inclut les discussions sans fin sur la politique, le sport, la famille, les voisins et le gouvernement. La plupart des gens parlent pour parler. Ils n’ont pas grand chose d’important à dire, ils ont peur du silence.

Souvent, quand nous allons chez les gens, il y a un téléviseur allumé que personne ne regarde, ils ont besoin d’entendre des bruits de voix en arrière-plan. Même en Inde, vous allez dans un bel endroit tranquille, et là, il y a quelqu’un avec une radio à plein volume. En fait, à l’heure actuelle en Inde, tous les temples ont des haut-parleurs qui déversent des discours à plein volume jour et nuit.

Il peut aussi être utile de ne pas se parler à soi-même mentalement, mais d’essayer de maintenir une vigilance calme qui permet au bavardage intérieur de s’arrêter.

Les bavardages ne signifient pas seulement ce que nous disons, mais aussi ce que nous écoutons.

Je ne sais pas si cela peut vous amener à arrêter complètement votre téléviseur ! Désolée, nous devons limiter la saleté que nous laissons entrer dans notre esprit et aussi les absurdités que nous acceptons de laisser sortir de notre mental à travers notre bouche. Nous pouvons au moins les limiter à défaut de les arrêter.

Le cinquième précepte

Le cinquième précepte concerne l’alcool. En gros, cela veut dire ne pas s’imbiber d’alcool ou de toute autre forme de drogue qui interfère avec le contrôle de l’esprit. Un verre de vin avec le repas est acceptable, mais si ce verre de vin s’ajoute à trois autres verres précédents, alors nous avons des problèmes. Nous devons nous souvenir que nous ne pouvons pas boire trop sans commencer par un premier verre.

Habituellement, lorsque les gens sont ivres, cela ouvre la porte à toutes sortes de comportements négatifs. Nous perdons le contrôle. Le bouddhisme, c’est devenir maitre de notre esprit au lieu d’en être esclave. Devenir intoxiqué est contreproductif et nous conduit dans la direction opposée à celle où nous tentons d’aller.

Le problème est que boire de l’alcool parait parfois relativement innocent, mais cela peut mener à d’autres choses telles que conduire en état d’ivresse ou des comportements abusifs.

La raison pour laquelle l’alcool et les produits stupéfiants doivent être bannis, c’est parce que non seulement ils empoisonnement notre esprit, mais également nos paroles et nos actes.

 

Source : Dongyu Gatsal Nunnery,  – traduction bouddhisme au feminin