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Sagesses Bouddhistes : Où sont les enseignantes ?

France 2 met à la disposition de la communauté bouddhiste un quart d’heure d’antenne dominicale dans le cadre des émissions religieuses du dimanche matin de 8h30 à 8h45 ; c’est la seule vitrine du bouddhisme en France. La télévision est synonyme de prestige, donc de pouvoir. Cette émission est gérée par l’UBF, « l’Union Bouddhiste de France », supposée représenter la communauté bouddhiste dans toute sa diversité.

Cette communauté est composée très majoritairement de femmes, entre 70 et 80 %. Il existe de nombreuses enseignantes comme il est possible de le voir sur notre site. Pourtant le temps d’antenne est, depuis 20 ans que cette émission existe, très largement monopolisé par des enseignants masculins et les choses ne s’arrangent pas, bien au contraire, quelques chiffres:

En 2005, date de la création de Bouddhisme au féminin, des femmes ont été invitées dans 7 émissions sur 52, 2 émissions recevant à la fois un homme et une femme, soit 17 % de représentation pour 70 à 80 % de pratiquantes.
Dès le début de Bouddhisme au féminin, nous avons interpellé les « responsables » de l’UBF qui décident du programme de l’émission. Sans résultat (voir plus bas, un rappel de nos courriers).

En 2015, dix ans après, il y avait un peu de progrès, quinze émissions sur 52, soit 28 % (rappelons qu’il y a eu, dès le début du bouddhisme en Occident, des femmes qui sont allées en Asie et qui sont revenues dûment reconnues en tant qu’enseignantes qualifiées).

En 2016, il n’y avait plus que douze émissions sur 52 soit 23 %

– Enfin, 2017 : sur 52 émissions, 8 émissions seulement comportaient des invitées féminines, plus de 7 mois sans une seule enseignante invitée !

Rappelons pour mémoire que Jetsunma Tenzin Palmo n’a même pas été invitée lors de sa tournée en Europe – et en France à Plouray, Strasbourg et Paris en juin 2016.
Khandro Rimpoche qui vient enseigner régulièrement en France n’a fait qu’une brève apparition dans l’émission en 2011.

Bien des enseignantes n’ont jamais été invitées, d’autres ne l’ont été qu’une fois, alors que, tout au contraire, comme les archives de l’émission permettent de le constater, on voit régulièrement certaines personnes revenir, non seulement tous les ans, mais même plusieurs fois par an.

Est-ce que 2018 va voir enfin une prise de conscience de la part des responsables de l’UBF qui sont, aussi, à notre connaissance des « pratiquants du Dharma » ? Vont-ils enfin accepter de laisser aux enseignantes la place qui leur revient ?

Rappel de nos courriers avec Sagesses bouddhistes

Pour avoir une parité de représentation des élu·e·s de la nation, il a fallu une loi sur la parité de candidat·e·s. Les hommes politiques se sont alors écriés que les femmes n’étaient pas formées, pas compétentes, et que c’était elles qui ne voulaient pas se lancer dans l’arène.

Voila la réponse de Sagesses bouddhistes à notre demande en 2010 de voir des femmes interviewées dans l’émission :
 » Certaines invitées sollicitées par nos soins ne souhaitent pas participer par souci de modestie, discrétion, tranquillité. D’autres ne souhaitent pas ou plus être « exposées » sous les projecteurs pour des raisons d’ordre personnel. D’autres ont des emplois du temps très chargés, craignent ne pas avoir le temps de préparer l’émission (une émission cela se prépare assez longuement), de ne pas être à la hauteur et donc de desservir le Dharma. D’autres enfin ont un calendrier qui malheureusement ne cadre pas toujours avec nos jours d’enregistrement. »

Bref ce sont les femmes qui ne se sentent pas compétentes et ne veulent pas être interviewées. Ça ne vous rappelle rien ?

Comme l’un des arguments étaient que les enseignantes pouvaient être en déplacement (le calendrier !!), nous avons signalé à Sagesses Bouddhistes au printemps 2011 que 5 enseignantes éminentes étaient présentes en France à ce moment-là et pouvaient être interviewées,

voilà leur réponse :
« Merci à vous, nous connaissons toutes ces personnes mais nous ne pouvons pas recevoir tout le monde en même temps. Il faut un juste équilibre : la voie du milieu »

Le « juste équilibre » qui consiste à accorder 80 % au coté masculin et 20 % au coté féminin, c’est ce qu’on pourrait appeler une mathématique patriarcale !!

Les religions sont des lieux de pouvoir et à ce titre, sont toutes devenues patriarcales et misogynes, le bouddhisme ne fait pas exception.

Que faire pour que les religions ne soient plus misogynes ?

Comme en politique, pour que les choses bougent, l’une des réponses est que chaque fois qu’un média interroge des pratiquants ou représentants d’une religion, il y ait systématiquement parité de parole avec des femmes, que dans les tous les débats, interviews, colloques , tables rondes et autres, (y compris bien sûr les émissions religieuses du dimanche matin sur France 2) les femmes aussi soient là et fassent entendre leur voix.

Et pas seulement une fois par an ou le jour du 8 mars !!

Les médias ont un rôle essentiel à jouer dans ce partage de la représentation. C’est tout le regard sur les religions qui s’en trouverait changé.