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Une policière américaine rencontre Thich Nhat Hanh par Cheri Maples

J’ai vraiment commencé à développer une pratique intégrée de la pleine conscience en 1991, au bout de sept années d’une carrière de policière qui dura vingt ans, après avoir fait ma première retraite avec Thich Nhat Hanh (appelé Thây par ses proches).

J’en voulais alors à presque tout le monde du fait de la colère accumulée dans ma vie personnelle et professionnelle en tant qu’officier de police. Durant cette retraite, j’avais des doutes sur la possibilité de pouvoir vraiment appliquer les enseignements de Thây dans la vie et le  travail d’un policier. J’étais également persuadée que si quelqu’un découvrait que j’étais flic, je serais jugée.

Thây m’a convaincue que, dans la panoplie des compétences d’un officier de police, il y a la capacité à utiliser à la fois la compassion douce issue de la compréhension et la compassion ferme nécessaire à l’installation de limites pour protéger les autres, y compris en faisant usage de la force pour intervenir quand les gens s’agressent physiquement. Pour un officier de police, la sagesse c’est de savoir quand employer la compassion douce et la compassion ferme de manière appropriée.

Thây m’a demandé de me focaliser sur mon intention. J’ai découvert qu’il était  possible de commencer n’importe quelle interaction dans la rue ou au téléphone avec un engagement de non agression et de prévention des blessures.

Je sais que c’est possible d’aspirer à être gentil et compatissant en tant qu’officier de police et que, de cette manière, le travail est plus sûr et plus gratifiant. De retour au travail après ma retraite, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi tout le monde semblait être devenu plus gentil pendant mon absence, y compris les gens que j’arrêtai !

La crise policière aujourd’hui

Cela me fait de la peine de voir utiliser la force sans nécessité, en particulier la force mortelle, et de voir le racisme qui s’est installé dans le milieu de la police. La bonne nouvelle est que son ampleur est enfin révélée.

Cette crise policière est liée à l’usage inutile de la force, au “profilage racial”, à la militarisation des services de police, au manque de confiance entre les communautés et les services de police, au manque de stratégies permettant de prendre soin des traumatismes et de la santé affective des officiers de police, aux tolérances organisationnelles inconscientes et non-dites dans la culture policière et au manque de filets de sécurité informels dans la société à travers le pays.

Au sein des services de police, nous entendons hurler que nous sommes en train de perdre la guerre. Dans les années 80 et 90, c’était la guerre contre la drogue. Depuis le 11 septembre (2001) , c’est la guerre contre le terrorisme. Le problème c’est que nous ne sommes pas en guerre. Nous protégeons et nous sommes au service de nos voisins et des citoyens (Bien sûr, les officiers de police voient souvent le pire chez les gens. En général, ils n’appellent pas quand tout va bien. Quand avez-vous été heureux de voir l’un d’entre nous dans votre rétroviseur ou à votre maison pour la dernière fois ?)

Nombre des tragédies policières révélées actuellement proviennent du fait qu’en tant qu’officier de police nous n’arrivons pas à (perce)voir ce qui est réellement en face de nous : un être humain en souffrance qui a besoin d’aide. Sans les outils de la pleine conscience, le cynisme et l’insensibilité sont les conséquences quasi inévitables du travail d’officier de police. C’est souvent difficile pour nous de reconnaître, d’admettre ou de nous souvenir que nos cœurs se sont arrêtés de frissonner en réponse à la souffrance des autres.

Ce que le bouddhisme apporte aux officiers de police.

En tant qu’officier de police, j’ai trouvé dans le bouddhisme un cadre éthique qui protège. Cela m’a aussi permis de devenir un meilleur conservateur de mon propre “musée de la souffrance ” et de faire mon travail avec un cœur plus ouvert et plus tendre.

La question que l’on m’a posée le plus souvent en tant que policier bouddhiste est : Comment pouvez-vous faire ce travail ? C’est Thây qui m’a apaisée sur cette question. D’abord il m’a demandé : “Qui d’autre voudrions nous voir porter une arme si ce n’est quelqu’un qui le ferait en pleine conscience ? ” Puis il a dit que porter une arme peut être un acte d’amour si c’est fait avec compréhension et compassion.

Une fois capable de voir mon travail à travers les yeux de la gentillesse et de la compassion, j’ai rarement regretté une action que j’ai menée. Je suis convaincue que lorsqu’un officier de police (intervient) avec l’engagement de ne pas agresser ni blesser, l’arme et le badge deviennent des (moyens) efficaces plutôt que des symboles d’autorité et de pouvoir.

Comment la communauté peut-elle aider ?

Ceux parmi nous qui ont pris l’engagement de non-violence et qui travaillent dans des professions qui demandent parfois de faire usage de la force ont besoin de votre soutien.

Si nous voulons des forces de police compatissantes, les communautés doivent s’impliquer intimement avec leur police. Les communautés doivent s’organiser et appeler au changement dans l’encadrement, l’embauche, l’utilisation des forces de police et dans les méthodes d’entraînement de leur police locale. Et elles doivent le faire en conscience avec tact, compréhension du travail d’un officier de police et avec compassion.

C’est également important d’avoir à l’esprit que les officiers de police ont besoin de soutien pour (pouvoir) regarder avec compassion. Sans vos encouragements, l’aspiration initiale d’un officier de police à soulager la souffrance va s’éteindre. La compassion qui nous permet d’être avec les familles des victimes durant les tragédies vient assez facilement chez la plupart d’entre-nous. Mais c’est plus difficile avec la compassion nécessaire pour être avec l’officier de police qui a appuyé sur la gâchette et pour sa famille.

Cornell WEST a dit : ” La justice est ce à quoi ressemble l’amour en public”. Nous ne pouvons travailler pour la justice qu’avec une compréhension profonde de notre interdépendance avec les autres et avec bienveillance pour chacun.

Six questions que nous devons tous nous poser à nous-mêmes

Construire une justice qui amène la sécurité publique est une responsabilité partagée entre une communauté et ses services de police. Voici six questions pour nous aider à examiner (la situation) en profondeur, de l’investigation à l’action.

1) Comment en arrive-t-on au délit raciste de faciès ?

Ce n’est pas une question seulement pour les officiers de police mais pour nous tous. Comment devenir plus attentifs aux biais conscients ou inconscients intervenant dans nos processus de décision individuels et collectifs ? Comment surveillons nous et rectifions nous les processus inconscients qui mènent au délit de faciès ?

2) Quelles sont les règles de la police pour faire usage d’armes mortelles ?

Les officiers de police ont beaucoup de pouvoir et sont habilités à contrevenir aux lois de l’état relatives à la violence, y compris faire usage d’une arme mortelle s’ils l’estiment nécessaire et approprié. La communauté est en droit de savoir quelles sont les règles concernant les armes mortelles, comment elles sont appliquées et comment les officiers y sont entraînés. Les services de police du pays ont opté pour des règles très troublantes comme cela a été souligné par la cour suprême des États-Unis en 1989 dans l’affaire  “Graham contre Connor”. Ce cas définit le cadre légal de référence ainsi que les principes constitutionnels pour évaluer les plaintes pour usage excessif de la force dans le cadre du quatrième amendement. Si un officier de police n’a pas respecté les règles établies par cette jurisprudence, il est passible de poursuites pour crime au niveau de l’état ou au niveau fédéral.

Voulons-nous vraiment que ce garde fou minimal soit la règle d’usage des armes mortelles dans notre communauté ?  Le respect pour la vie impose de se poser de telles questions et aussi d’agir pour changer et adapter les règles encadrant l’utilisation de la force.

3) Comment rétablir la confiance entre les services de police et la communauté ?

Comment pouvons nous construire des ponts pour réparer le mal qui a été fait et améliorer la compréhension entre les services de police et ceux qu’ils protègent et servent ? Nous pouvons trouver des orientations dans les principes de la justice restaurative qui demande de considérer tout le mal qui a été fait, de reconnaître l’ensemble de ceux qui ont été blessés, et de rechercher les moyens de réparer. Par certaines de mes tentatives maladroites, j’ai appris qu’une partie importante du processus de restauration est de respecter les besoins des gens et leur deuil. Il est aussi crucial de reconnaître, bien que pardonner soit difficile, que nous payerons finalement un prix bien plus élevé en ne pardonnant pas.

L’exigence la plus importante pour tous ceux qui sont impliqués dans le difficile travail indispensable pour avancer après ces tragédies est l’intention de ne pas faire davantage de mal. Comment encourageons-nous et honorons-nous de telles intentions en nous, que l’on soit officiers de police ou bien membres de la communauté ? De quoi ont besoin les officiers de police et les membres de la communauté  pour aller au delà de leur peur, de leur réactivité, de leur agressivité et de leur résistance ?

4) Comment élaborer des réponses communautaires coordonnées face aux problèmes ?

Comment pouvons-nous construire des filets de protection informels ? Comment pouvons-nous développer les compétences de voisinage, en particulier concernant les problèmes liés à la santé mentale et à la pauvreté ? Existe-t-il des outils pour faire cela qui n’ont pas été mis en œuvre ?

5) Comment prenons-nous soin de la santé affective et des effets des traumatismes répétés des officiers ( de police) dans le temps ? ( qu’ils le reconnaissent ou pas )

Quels sont les signaux d’alerte précoces ? Quels sont les faits probants indiquant la nécessité d’une intervention du service et de la communauté ?

6) Quelles sont les causes profondes sous-jacentes façonnant la criminalité dans nos communautés ?

La criminalité diffère selon les communautés. Quelles sont les méthodes de collecte des données relatives aux différentes formes de criminalité ? À quoi ressembleraient des réponses innovantes appropriées ? Comme tout résulte de causes et de conditions, (tout) ce que nous faisons en réponse importe. Ce qui nous concerne – et nous tient à cœur – est important. Les cheminements que nous construisons dans nos cœurs et nos esprits en réponse à ces tragédies et à ces problèmes sont déterminants.

Pleine conscience , Paix et Service.

En 2008, au cours de  la cérémonie d’ordination d’enseignante du Dharma, Thây et moi avons échangé des Gatas – des poèmes de pratique. J’en ai composé un pour lui et il en a composé un pour moi. Du fait de son immense influence sur moi, j’ai composé le poème suivant pour lui:

Quand j’inspire, je sais que la pleine conscience est le chemin vers la paix.
Quand j’expire, je sais que la paix est le chemin vers la pleine conscience.
Quand j’inspire, je sais que la paix est le chemin vers la justice.
Quand j’expire, je sais que la justice est le chemin vers la paix.
Quand j’inspire, je sais que ma mission est d’offrir sécurité et protection à tous les êtres.
Quand j’expire, je suis humble et honorée par ma mission d’officier de la paix.
Quand j’inspire, je choisis la pleine conscience comme armure et la compassion comme arme.
Quand j’expire, j’aspire à offrir de l’amour et de la compassion à tous ceux que je sers.

Souvent une poignée  de personnes peuvent faire une énorme différence quand des difficultés surviennent. En exemple de cela,  Thich Nhat Hanh parle (souvent) des boat peoples qui ont fui le Vietnam sur de frêles embarcations. Quand les réfugiés n’avaient (plus) ni eau ni nourriture ou faisaient face à la menace de pirates, ceux qui restaient calmes faisaient la différence entre la vie et la mort pour tous. Chacun·e d’entre nous peut de la même manière faire la différence.

Traduction de l’article écrit par Cheri Maples en 2016 et paru dans Lions Roar https://www.lionsroar.com/a-buddhist-cops-approach-to-justice/

Cheri a reçu la transmission de la lampe par Thay en 2008. Elle a été victime d’un accident de la circulation en septembre 2016 et est décédée fin juillet 2017 à la suite d’une infection.

Source : Village des Pruniers, aout 2017, traduction soeur Dao Nghiem,

La vision profonde et la gratitude par Soeur Giac Ghiem

Un enseignement de soeur Giac Nghiem de la Maison de l’Inspir.

Cet enseignement a été enregistrés lors de la retraite francophone au Village des Pruniers en juillet 2018

Nous avons déjà publié un enseignement de soeur Giac Nghiem à la rubrique enseignements : Quand la mort nous frôle

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Transformer nos énergies d’habitudes par Soeur Dao Nghiem

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