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Machik Labdrön, femme et dakini du Tibet

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Machik Labdron est l’une des grandes figures du bouddhisme tibétain, et à ce titre, sa vie est devenue une légende. Que sait-on d’elle au travers de cette légende ?

Qu’elle vécut à la même époque que Milarepa, qu’elle pratiqua des enseignements reçus de deux maitres éminents avant de se marier et d’avoir une fille et deux garçons, dont l’un devint un voleur mais qu’elle réussit à ramener dans le droit chemin, qu’elle pérégrina seule avant et après son mariage, que sa réalisation spirituelle hors du commun lui attira de nombreux disciples et qu’elle fut à l’origine de la pratique du Chöd qui s’est répandue par la suite dans toutes les branches du bouddhisme tibétain, et enfin qu’elle mourut nous dit-on à 90 ans (1055-1145).

Le fait que MAchik ait été mariée et qu’elle ait eut des enfants montre bien que la réalisation ne dépend pas des conditions extérieures, même si certaines conditions sont plus propices que d’autres, et même là, ça dépend pour qui. Ce qui était essentiel pour elle, c’était le fait qu’elle ait pu avoir accès à des enseignements et que sa pratique ait été prise au sérieux par ses maitres.

La légende :

La légende commence par nous dire qu’en fait Machik n’est pas une femme, car elle est l’émanation d’un grand yogi indien dont le corps demeura inanimé dans une grotte tandis que son esprit s’incarnait dans le corps de Machik afin de propager la sainte doctrine au Tibet.

Ce commencement plutôt bizarre appelle un commentaire, on peut le voir de deux manières :

– soit il fallait qu’une réalisation spirituelle aussi extraordinaire ait eu pour réelle origine un homme dont l’esprit habite Machik, ce qui explique son destin hors du commun et laisserait penser qu’il serait nécessaire de renaitre en homme…

– soit qu’un yogi indien très avancé avait compris que s’il voulait atteindre la réalisation ultime, il lui fallait renaitre dans un corps de femme…

À chacune de choisir sa version…

donc suite de la légende :

Machik Labdreun vit le jour en l’an 1062 sous des auspices extraordinaires. Outre que la petite fille possédait sur le front un troisième oeil et sur la langue la syllabe sacrée HRI rouge, elle naquit au milieu d’arcs-en-ciel, de musiques célestes et de senteurs merveilleuses ; se dressant aussitôt sur ses jambes, elle demanda à sa mère si elle n’avait pas trop souffert de l’accouchement. On comprend pourquoi Machik Labdreun fut rapidement considérée non comme un être ordinaire, mais comme une émanation de la Grande Mère (personnification de la prajnaparamita) et de la divinité Vajravarahi (Dorjé Pamo).

Dès son jeune âge, elle fit montre de capacités extraordinaires. Notamment, elle pouvait lire plus rapidement que personne les très longs textes de la prajnaparamita (la perfection de connaissance exposant la nature ultime des phénomènes) et elle pouvait en expliquer le sens même à de grands érudits, qu’elle étonnait par son savoir. Sa science ne se limitait pas à l’intellect et elle put réaliser l’absence d’ego, ce qui entraîna de nombreux changements dans son existence : elle quitta les beaux habits qu’elle affectionnait et se vêtit comme une mendiante ; elle apprécia désormais autant la compagnie des lépreux et des pauvres que celle des érudits et des méditants ; elle n’accorda plus d’importance ni à la qualité de l’habitation ni au goût de la nourriture, ne se soucia plus ni des compliments ni des critiques et demeura dans un état de constante félicité.

Elle se maria au maître indien Theupa Badra, dont elle eut plusieurs enfants et reçut aussi de nombreux enseignements d’un autre grand maître de l’Inde, Padampa Sangyé.

Machik Labdreun est par ailleurs restée célèbre pour avoir composé et répandu une pratique méditative – Chöd ou tcheu  – liée à la prajnaparamita, que l’on regarde comme étant la seule d’origine tibétaine, alors que toutes les autres ont été héritées de l’Inde. Cette initiative ne manqua d’ailleurs pas de paraître suspecte aux bouddhistes indiens qui, s’étant réunis à Bodhgaya pour débattre de cette question, dépêchèrent trois émissaires au Tibet pour examiner Machik Labdreun. Celle-ci put leur donner des preuves suffisantes de ses existences passées et de sa réalisation pour les convaincre de l’authenticité de la pratique de Chöd (tcheu).

Machik Labdreun, qui vécut jusqu’à quatre-vingt-dix-neuf ans, eut parmi ses très nombreux disciples quatre femmes particulièrement remarquables qu’on appelle les « Quatre Femmes Joyaux » : Joyau Gotsa, Joyau Paldèn, Joyau Seunam et Joyau Rinchèn. Au total, 108 des femmes disciples de Machik obtinrent la réalisation.

L’arrière petit-fils de Machik Labdreun, Deunyeu Samdroup, qui fut lui-même un très grand maître, permit à dix-huit de ses disciples femmes, qu’on appela ses « dix-huit filles », d’atteindre la réalisation.

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