Mahapajapati Gotami

Mahapajapati Gotami

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Mahapajapati Gotami,

la mère de toutes les nonnes

Mahapajapati Gotami, qui allait devenir la fondatrice du premier ordre de nonnes bouddhistes est née dans le clan Koliyan au Nord Est de l’Inde, près des contreforts de l’Himalaya.

À sa naissance, un astrologue prédit qu’elle serait à la tête de nombreux disciples et elle fut nommée « Pajapati » qui signifie « Guide d’une grande assemblée ». Il lui fut prédit aussi qu’elle serait, comme sa soeur aînée Maya, la mère d’un grand chef religieux ou laïc.

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Les deux soeurs épousèrent Suddhodana, un chef du clan Sakya, les clans étaient petits, leurs membres travaillaient à l’agriculture, maniaient les armes si nécessaire, et faisaient du commerce avec les provinces voisines.

Maya fut la première à attendre un enfant, un voyant réputé déclara que le nouveau-né deviendrait un grand enseignant religieux. Il fut nommé Siddhata « Celui qui accomplit son but ». Sept jours après la naissance, Maya, sa mère, mourut. Pajapati éleva l’enfant comme son propre enfant. Elle eut elle-même deux enfants, une fille et un garcon.

Les années passèrent. À l’âge de vingt-neuf ans, Siddhata Gotama quitta son foyer et ne revint pas durant les six années de sa quête. Sa mère adoptive avait dans les cinquante ou soixante ans quand il revint à Kapilavatthu. À son retour, il fut traité avec froideur par sa femme Yasodhara qui envoya leur fils Rahula à sa rencontre. Pajapati, elle, lui fit bon accueil ainsi que son père, et lorsqu’ils l’entendirent prêcher devant eux, ils furent touchés par son enseignement qu’ils adoptèrent.

Pajapati n’était pas alors seulement reconnue comme la femme d’un chef, elle était aussi respectée pour son âge. Après s’être convertie et être devenue une disciple laïque du nouvel enseignement de son fils, elle fut probablement regardée avec davantage de respect en tant que femme ayant atteint un tel niveau d’instruction et de pratique religieuse.

Individuellement ou en groupes, les femmes recherchaient son soutien, ses avis et ses conseils. Elles partagaient avec elle l’anxiété, propre à la société indienne, que pouvait ressentir une femme qui n’avait plus de soutien masculin. En effet, à la suite du retour de celui qui était devenu le Bouddha, l’Eveillé, son propre fils Nanda et le fils du Bouddha, Rahula, étaient devenus moines. Suddhodana, son mari et père du Bouddha, mourut peu de temps après.

Pajapati se retrouvait sans le support masculin qui donnait – et donne encore – en Inde leur identité aux femmes. Le statut des veuves en Inde est accablant.

Il se produisit alors un événement important qui amena davantage de femmes à la porte de Pajapati. Une querelle était survenue entre les clans Sakya et Kolya au sujet du droit à l’eau, une bataille avait suivi au cours de laquelle il y avait eu mort d’hommes. Le Bouddha fit un sermon inspiré pour faire comprendre aux belligérants la stupidité de l’usage de la violence. Il s’ensuivit que de nombreux hommes renoncèrent à se battre et devinrent moines. Or, pour une femme, devenir « veuve de moine » signifait son exclusion sociale, sans bénéficier du support accordé aux renoncants religieux. Cet événement laissa encore davantage de femmes « veuves de moines », sans support masculin.

Au total, le nombre de femmes venues trouver Pajapati atteignit dit-on « cinq cents », chiffre symbolique utilisé dans les textes pour signifer un grand nombre. Le désarroi de ces femmes devint l’aiguillon de leur aspiration spirituelle. Toutes avaient une experience personnelle de la première Noble Vérité : la souffrance. C’est ce qui les poussa à rejoindre Pajapati dans la voie nouvelle et radicale qu’elle était sur le point de proposer.
Pajapati se rendit compte de l’opportunité qu’offrait cette puissante conjonction d’événements. Elle alla voir le Bouddha et lui dit :
« il serait bon Seigneur que les femmes puissent être autorisées à renoncer à leur foyer et à entrer dans l’état sans famille du Dhamma et de la discipline. »

Le sutra Cullavagga rapporte que le Bouddha refusa. Elle réitéra sa requête et il refusa une seconde puis une troisième fois (un refus non détaillé, qui a fait l’objet de nombreuses explications et commentaires par les érudits boudhistes par la suite).
Le Bouddha partit ensuite pour Vesali. Pajapati se coupa les cheveux, s’habilla de la robe safran, vêtement du bikkhu, renoncant bouddhiste, et se dirigea vers Vesali accompagnée d’un certain nombre de femmes. Elle y arriva, les pieds enflés et couverte de poussière. En larmes, elle se tint à l’extérieur de l’enceinte.

La voyant, le vénérable Ananda s’approcha du Bouddha et dit :
— Pajapati se trouve à l’extérieur, sous le porche de l’entrée, les pieds enflés, couverte de poussière et en train de pleurer parce que vous ne permettez pas aux femmes de renoncer à leurs foyers et d’entrer dans l’état sans famille. Il serait bon, Seigneur, que les femmes puissent être autorisees à agir ainsi.
— C’est assez, Ananda, ne mets pas ton coeur dans l’espoir que les femmes puissent y être autorisées.

Ananda présenta la même requête une deuxième fois et une troisième fois et recut la même réponse.

Puis Ananda pensa : « Le Bienheureux ne donne pas son autorisation. Essayons de poser la question autrement.  »

— Seigneur, est que les femmes, une fois entrées dans l’etat sans famille, sont capables de réaliser les fruits de l’entrée dans le courant, de ceux qui ne reviennent qu’une fois, de ceux qui ne reviennent plus et de l’état d’arahant ?
— Oui Ananda, elles le peuvent.

— Si les femmes sont donc capables de réaliser la perfection et puisque Pajapati vous a été d’un grand secours (elle a été votre tante, votre nourrice et votre mère adoptive), ce serait bien si elles pouvaient être autorisées à entrer dans l’état sans famille.
— Si donc, Ananda, Pajapati accepte les huit grandes conditions, considérons qu’il s’agit là de son ordination.

La vision de ces femmes et de leur sincerité inébranlable dut produire une vive impression, et pas seulement sur le bienveillant Ananda. Leur résolution était audacieuse dans une culture où l’humilité et l’obéissance étaient le comportement que l’on attendait d’une femme. Les huit grandes conditions relèguent les femmes à un statut secondaire, mais Pajapati les accepta afin de parvenir à son but premier qui était la fondation d’un ordre de nonnes.
Par la suite, elle demanda au Bouddha de modifier ces règles sexistes, ce qui montre qu’au fond de son coeur, elle désapprouvait la discrimination que reflète ces règles. Mais le Bouddha refusa.

Elle atteignit « l’état où tout s’arrête » qui est synonyme du nibbana, le plus haut accomplissement. À l’âge de « cent vingt ans », elle sut que la mort était proche. Elle demanda que son fils vienne la voir, ce qui etait contraire à la règle, le Bouddha vint la voir et changea la règle.

Quand elle mourut, des miracles se produisirent. Et lors de sa crémation, d’autres phénomènes remarquables se produisirent qui, dit-on alors, ne furent égalés que par ceux survenus lors de la mort du Bouddha.

Toutes les premières nonnes bouddhistes furent les disciples de Pajapati dans la mesure où elle fut la première nonne ordonnée.

(extraits de l’ouvrage de Susan Murcott : le Bouddha et les femmes)

Voir à la rubrique Enseignements : Les chants de réalisation de Pajapati et de quelques grandes nonnes.

Selon les sources, de nombreuses femmes rejoignirent la Sangha et devinrent arahant. Le Khuddaka Nikaya contient le Thérigatha, recueil de poèmes religieux relatant les circonstances de leur illumination, et le Theriapadana, recueil de biographies. On peut citer parmi elles Prajapati Gautami, Uppalavanna et Khema, citées comme les deux bhikkhunis principales, Kisagotami, Patacara, Soma, Ubbiri, Vasitthi. Comme les moines, elles venaient de differents horizons : courtisanes (Ambapali et Vimala), princesses (Sumeda et Sela), filles de nobles ou de riches marchands (Bhadda Kundalkesa, Sujata et Anopama), filles de pauvres brahmanes (Chanda) ou même serves (Punnika).

Une liste en cite douze avec chacune son point fort :

1. Khema, première érudite et sage ;
2. Bhadra (parfois identifiée à Yashodhara), première pour les miracles (mahasiddhi) ;
3. Gautami, première pour la sainteté ;
4. Sakula, première pour la clairvoyance ;
5. Dhammadina, première enseignante et missionnaire ;
6. Uppalavanna, première pour la réalisation ;
7. Bhadra Kundali, première pour les facultés psychiques ;
8. Nanda, première des moniales de la forêt ;
9. Bhadra Kapila, première pour le rappel des vies antérieures ;
10. Patacara, première pour le maintien du vinaya (discipline) ;
11. Sigalakamatra, première de celles qui ont atteint l’illumination par la foi ;
12. Sonya, la plus diligente ; ayant éleve dix enfants, elle etait entrée tard dans les ordres et pratiquait jour et nuit, repétant : Je dois m’efforcer de rattraper mon retard.

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Le statut de bikkhuni