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Le chemin du jardin par Cheryl Wilfong

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Un ami qui travaille dans une ferme bio a ramené deux plateaux de semis de laitue. Les semis n’étaient pas seulement prêts à être plantés, ils étaient prêts à être mangés. Cela rend le jardinage facile : planter les laitues et commencer à les récolter immédiatement.

Nous pourrions vouloir faire la même chose avec notre pratique spirituelle, désireuses de la planter dans nos vies déjà trop occupées afin que nous puissions récolter les fruits de la pratique tout de suite. « Je devrais vraiment faire du yoga tous les jours », pensons-nous. Ou nous pouvons nous dire : «Je pourrais m’asseoir tous les matins et tous les soirs pendant vingt minutes».

Quand nous essayons de planter une pratique spirituelle, nous devons d’abord nettoyer un espace pour semer les graines de conscience. Prendre soin d’un jardin bourgeonnant de toutes les choses que nous voulons faire amène la précipitation. Nos vies peuvent ressembler plus à un ruissellement bruyant qu’à une mare d’eau tranquille. Nous pouvons essayer de maintenir un trop grand jardin d’activités ou nous pouvons nous en tenir seulement à ce à quoi nos coeurs peuvent s’ouvrir.

De nos jours, nous avons un vaste choix de réduction du stress : méditation, yoga, tai chi, qi gong. Ou, si nous recherchons à cultiver les endorphines, nous pouvons faire du jogging ou du Pilates, ou commencer à fréquenter un club de fitness. Nous pensons: « Si j’ajoute juste quelque chose, je pourrai réduire mon stress. » Mettons en question cette attitude. Faire de la gymnastique ou méditer avec un oeil sur l’horloge va à l’encontre de l’intention de réduire le stress dans nos vies.

Dans notre jardin, il est difficile d’identifier quelle plante est une mauvaise herbe et quelle est celle qui pourrait fleurir.

Réduire le stress, comme réduire le poids, signifie soustraire quelque chose. Dans notre jardin, la première chose que nous soustrayons est la mauvaise herbe. Dans notre vie quotidienne, nous pourrions considérer, par exemple, de combien de nouvelles nous avons vraiment besoin. Je suis allée faire une retraite d’un week-end avec un groupe de femmes au Weston Priory dans le Vermont, où les moines bénédictins ont une ferme, des jardins et un verger. Ils vivent une vie engagée dédiée à la justice et à la non-violence dans le monde, pourtant ils nous ont dit que leur seule source de nouvelles était le Sunday New York Times. (journal publié une fois par semaine). Leur exemple m’a inspiré à nettoyer mes propres nouvelles, en les limitant à une fois par jour.

Dans notre jardin, il est difficile parfois d’identifier quelle plante est une mauvaise herbe et quelle est celle qui pourrait fleurir. Au printemps, on ne peut parfois pas distinguer entre un aster et un oeillet. Comment discriminons-nous entre les activités de mauvaises herbes dans nos vies et celles qui sont bénéfiques, comme la méditation, qui vont adoucir notre esprit?

Essayons d’éliminer le courrier indésirable, les catalogues et les listes d’emails non essentiels. Notons une ou deux choses que nous pourrions envisager de supprimer pendant une semaine. La télé? des films? du shopping? Les personnes qui ont décidé de supprimer volontairement l’utilisation de leurs cartes de crédit ont découvert qu’elles ont cessé de fréquenter les magasins. Elles se sont contentées de ce qu’elles avaient à la maison. Et elles se sentaient plus calmes.

Garder un espace pour la méditation nécessite une détermination. Des activités voisines tenteront d’empiéter sur l’espace dégagé. Dans la terminologie du jardinage, ces plantes sont appelées invasives. Pensez à la prêle, si vous lui donnez un pouce de terrain, elle va prendre le contrôle du jardin. Des informations apparemment urgentes tenteront d’éliminer nos relations importantes, y compris notre relation avec notre pratique de la méditation. Envisageons de diviser par deux le temps consacré aux réseaux sociaux. J’ai mis une « cloche de conscience » à sonner une heure avant le coucher sur mon ordinateur pour me rappeler de l’éteindre et de m’asseoir pendant vingt minutes avant de m’endormir.

Plantons les graines de la conscience en se concentrant sur le souffle, les sons ou les sensations.

Nettoyons un espace dans notre maison ainsi que notre horaire. Installons un endroit avec un coussin ou une chaise, peut-être avec une étagère à proximité comme un autel. Ensuite, engageons-nous à nous asseoir, à intervalles réguliers dans ce lieu régulier. Réglons une minuterie pour, disons, vingt minutes.

Si on n’a pas de pratique établie, je recommande de commencer la méditation en adoucissant le cœur. D’abord, visualiser un lieu d’eau calme. Ce sentiment peut durer seulement une seconde. En prendre note. Ensuite, exprimer sa gratitude pour les bénédictions de la vie, même les choses communes que l’on prend pour acquises. Troisièmement, pratiquer la bonté envers soi-même. Cet « attendrissement » du cœur c’est comme préparer le sol dans notre jardin, nous retournons le sol et y ajoutons un compost de soins. Ensuite, nous plantons les graines de conscience en nous concentrant sur le souffle, les sons ou les sensations. Une fois que le minuteur s’est éteint, essayons de nous asseoir près d’une fenêtre avec une belle vue, ou peut-être sur une terrasse. Avec une tasse de thé à la main, revenons à un aspect d’une lecture récente sur le dharma. Ou flânons dans un jardin.

Nous savons à quoi ressemblent nos plantes d’intérieur si nous oublions de les arroser pendant un certain temps. La même chose se passe avec notre pratique de la méditation si nous la négligeons pendant quelques semaines, voire pendant quelques jours. Nous arrosons notre pratique en nous asseyant quotidiennement. Nous soutenons notre pratique en participant chaque semaine à un groupe. Nous fertilisons notre pratique en lisant des livres sur le dharma ou en écoutant des exposés sur le dharma.

Parfois, nous amenons notre pratique dans un centre de retraite, où elle peut fleurir ou porter des fruits, comme une plante le fera dans une serre. Lors de la retraite, nous avons juste les bonnes conditions : un horaire, des repas nutritifs préparés pour nous, et seulement les choses nécessaires qui tiennent dans une valise. Incroyable combien nous avons besoin de peu pour vivre confortablement pendant une semaine ou deux. Simplifier notre vie nous donne de l’espace pour respirer. L’un des avantages de la retraite est que quelqu’un d’autre nous dit ce qu’il faut éliminer de notre routine quotidienne : pas de lecture, pas d’écriture, pas de téléphone portable, pas d’ordinateur. Pas étonnant que la vie soit plus calme !

Le printemps ou l’automne de nos vies peut nous amener à planter une pratique de méditation.

Un adage de jardinage sur les vivaces dit : « La première année, elles dorment. La deuxième année, elles s’enracinent. La troisième année, elles s’épanouissent. » Cela signifie que lorsque vous transplantez des vivaces dans votre jardin, elles sont juste là la première année. Mais sous terre, elles développent un système racinaire qui les soutiendra longtemps. Notre pratique de la méditation nécessite cette patience. Tout d’abord, nous nous asseyons simplement sur le coussin et développons l’habitude de s’asseoir. Au cours de la deuxième année, les plantes vivaces commencent à paraître plus robustes : elles fleurissent et commencent à se développer. La troisième année, elles sont pleinement établies dans leur nouvel emplacement et se développent. Certaines plantes vivaces sont encore plus lentes, comme mon hortensia qui a pris cinq ans pour faire trois fleurs. Ensuite, il a développé trois pieds l’année suivante. Maintenant, il couvre la moitié du côté de ma maison, et un oiseau y niche chaque printemps. Notre pratique de la méditation a besoin de temps pour fleurir et porter les fruits d’une vie spirituelle.

La saison des plantations prendra fin. Le printemps ou l’automne de nos vies peut être propice à la plantation d’une pratique de la méditation, tandis que l’été de nos vies peut être totalement réservé au travail, à la famille et au remboursement des crédits. Dans l’hiver de nos vies, lorsque nous serons sur notre lit de mort, les éléments de la terre, de l’eau, de la chaleur et de l’air risquent d’être déséquilibrés et peut-être très inconfortables. C’est alors que l’attention que nous avons nourrie, la sagesse que nous avons tirée de notre pratique, nous soutiendra, juste quand nous en aurons le plus besoin.

Cheryl Wilfong est l’auteure de The Meditative Gardener, elle enseigne la méditation au Vermont Insight Meditation Center