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Ma voix pour la liberté par Ani Chöying Drolma

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«À dix ans, j’ai décidé que je ne me marierais jamais et gue plus personne ne lèverait la main sur moi. À commencer par mon père. » Comme des centaines de petites filles du Népal et du Tibet, Ani s’est réfugiée au monastère pour ne pas être mariée de force à un homme qui la battra ou l’exploitera.

Devenue nonne, elle a créé une école pour aider toutes les fillettes promises au même enfer.

Mais où trouver les fonds ? Elle a heureusement un don extraordinaire : sa voix. Alors elle chante.

Et sa musique traverse les frontières. Tracy Chapman, Céline Dion et Tina Turner la soutiennent ; elle devient une star en Allemagne, au Japon, aux Etats-Unis… En quelques mois, l’école peut ouvrir ses portes. Aujourd’hui, Ani raconte son enfance bouleversante et le destin unique qu’elle s’est forgé grâce à son exceptionnelle volonté.

Commentaire d’une lectrice :

On est bouleversé dès les premières pages du livre. Ani Choying Drolma plante le décor :

Elle a travaillé à la maison depuis l’âge de cinq ans, elle a été une petite fille battue sauvagement par son père. Il a d’abord frappé la mère, puis, rapidement, la fille aussi. Elle reçoit des « raclées » avec une violence qui terrifie: « Il va me tuer, il va me crever un oeil… Il me frappe à coups de baton sur le dos, les jambes, la tête… Quasiment tous les jours, mon père trouve une bonne raison pour me frapper… Sans craindre de me blesser, il cogne. Il est mon père et a le droit de me frapper. Il a tout pouvoir sur moi.. » Ce père tape sur sa fille comme un forcené, frappe sa femme au point de risquer de la tuer.

Ce texte bouleversant nous renvoie à la situation de millions de femmes battues de par le monde. Et les paramètres qui vont avec : mariage forcé avec un homme non choisi, pas de contraception, une mortalité infantile effrayante. Travail domestique et aux champs du matin au soir, comme une bête de somme, sans jamais être payé bien sûr et par conséquent sans pouvoir quitter celui qui la bat et bat les enfants, car où aller, qui la nourrirait elle et ses enfants ? Aucun recours à espérer des voisins, de la police ou d’une quelconque association.
Une situation tragiquement courante dans le monde. et qui justifierait le désir des femmes de renaitre homme s’il n’y avait pas d’alternative à cet enfer.
Et il existe une alternative, l’évolution des mentalités patriarcales, l’évolution de la condition et des droits des femmes, comme cela s’est produit en Occident. (Même s’il y a aussi malheureusement des femmes battues en Occident, il y a dans la société en général une évolution des mentalités vis-à-vis de cette question).

Et le père est supposé être bouddhiste et il passe son temps à fabriquer des statues de Bouddha ! Ce qui est intéressant, c’est de savoir qu’il a lui-même été battu enfant. Cela démontre la vérité de ce qu’Alice Miller a écrit : toutes les victimes n’ont pas été bourreaux, mais tous les bourreaux ont été victimes. Ani Choying Drolma dira elle-même combien elle s’endurcissait sous les coups et les mauvais traitements.

Et que dit sa mère à cette fille révoltée :  » karma ! « . On accepte l’inacceptable par ce mot magique qui excuserait tout : karma ! Peut-être que ça l’a aidé à supporter l’insupportable, mais certainement, ça ne peut qu’encourager la passivité, ne rien faire puisque c’est le karma !

C’est sans doute au nom de cette vision du « karma » que cette violence domestique n’est pas dénoncée par les moines. On est surpris du silence de Matthieu Riccard sur ce sujet dans sa brève introduction. Il y a comme ça des silences assourdissants !

Un jour que sa mère est une fois de plus toute marquée de coups, Ani Choying Drolma lui dit avec emportement :  » Pourquoi t’es-tu mariée ? il n’y a rien de pire dans la vie. Je ne veux pas être obligée de vivre comme toi, je ne veux pas devenir l’esclave d’un homme qui se moque totalement de mes désirs, de ses sentiments, qui me traite comme sa chose et me bats comme un animal. »
Alors sa mère lui conseille : va voir un maitre bouddhiste et dis-lui que tu veux devenir nonne. Elle va y aller, toute seule et affirmer du haut de ses dix ans : je veux devenir nonne. Le maitre répondra à son désir avec bonté et compréhension. Et le jour où il l’enverra chercher pour qu’elle réside désormais à la nonnerie, elle sera sauvée, elle aura échappé à ce terrifiant sort trop commun. Ce maitre montrera à son égard une bonté qui va la transformer. La femme du maitre remarque sa voix lors des rituels et lui fait travailler ce talent, c’est ainsi qu’elle commence à chanter. Mais la haine pour l’homme qui continue à terroriser sa mère lui ronge le coeur. Il lui faudra des années pour transformer sa colère et sa haine.

Alors sa voix sera mise au service de la liberté des nonnes d’apprendre car dit-elle : « Les rôles se sont répartis ainsi. Aux hommes l’instruction, aux femmes le ménage… Car les moines, eux, en revanche, sont des puits de science. Enfant, je les admirais tellement ! Ils lisent toute la journée, détiennent un savoir encyclopédique et, de fait, sont très respectés. Rien de tout cela avec les nonnes, maintenues dans une ignorance crasse. Pourtant, la plupart d’entre elles ne demanderaient que cela, apprendre. Très tôt, j’ai eu l’envie de lutter contre cette injustice et d’offrir aux nonnes un lieu pour elles, pour qu’elles apprennent et appréhendent le monde avec les meilleurs outils en main. »

Elle fait montre d’une énergie inépuisable, d’une force au service des autres qui soulève les montagnes. Et aussi, par sa pratique, petit à petit, elle va s’apaiser et trouver dans la bonté « une satisfaction inégalée. »
Un livre émouvant, Danielle

(Ce témoignage de Ani Choying Drolma concernant la violence n’est pas un cas d’exception dans la société tibétaine, des jeunes filles viennent chercher refuge dans une nonnerie pour ne pas connaitre le sort de leur mère. Voir à ce propos les extraits du film « In the shadow of Buddha » . )