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Qu’est-ce que c’est ? par Martine Batchelor

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Qu’est-ce que c’est ?

Il y a une méthode de méditation qui est basée sur le questionnement.  C’est une approche un peu différente de la méditation de la pleine conscience, qui comme toute technique de méditation conviendra plus à certaines personnes qu’à d’autres.  La base de cette méditation est la question : « qu’est-ce que c’est ? ».  Cette question devient l’ancrage de la méditation et devient comme un pilier vers lequel on revient constamment.  De la même manière qu’avec les autres ancrages, dés que l’on retourne à la question « qu’est-ce que c’est ? » on revient à l’expérience interne et externe qui se passe ici et maintenant dans son integralité.  Cette question « qu’est-ce que c’est ? » aide à être moins perdu(e) dans les pensées distraites, elle nous ré-oriente vers ce qui se passe ici et maintenant.

Cette méthode étant basée sur le questionnement, l’intérêt et la difficulté sont que l’on ne cherche pas à formuler une réponse.  Au contraire, on s’ouvre à l’incertitude du moment et de l’existence sans faire d’analyse, de psychologie, ou de philosophie, ce qui n’est pas facile.  On est très habitué à un système de questions et réponses définitives.  Ici la question est très ouverte et on n’attend aucune réponse.  On ne cherche pas à définir ou juger, juste à questionner.  L’investigation se trouvera dans un questionnement vécu et ressenti.  On ne répète pas la question « qu’est-ce que c’est ? » comme une litanie ou une prière.  Chaque fois que la question « qu’est-ce que c’est ? » est posée elle est imprégnée de perplexité.  Le but de cette méditation est de cultiver une sensation d’interrogation qui pourra nous aider à développer de la clarté, de l’ouverture et de la créativité sur une base stable et calme.

On pratique cette méditation dans les 4 postures.  Quand on la pratique dans la posture assise, on gardera les yeux à moitié ouverts, on regardera dans le vague devant soi, sans fixer quoi que ce soit.  Au début on peut pratiquer la meditation du souffle avec la méditation du questionnement.  On inspire et quand on expire on pose la question «qu’est-ce que c’est ? » et ainsi de suite.  Une fois que l’on est bien ancré(e), on peut poser la question toute seule « qu’est-ce que c’est ? ».  Après avoir posé la question intérieurement silencieusement, on ressentira une sorte de perplexité pendant quelques secondes ou plus, on reste avec cette sensation de questionnement jusqu’à ce qu’elle disparaisse, et alors on pose la question « qu’est-ce que c’est ? » de nouveau.

Quand on pose cette question en méditation les mots sont comme un tremplin qui nous aiderait à plonger directement dans un lac de perplexité.  La partie la plus importante de la question est le point d’interrogation.  Nous essayons de devenir un point d’interrogation calme et stable.  Il est important de ne pas focaliser la question « qu’est-ce que c’est ? » dans le crâne ou d’essayer de la forcer avec la pensée ou le corps.  C’est plutôt comme si on la jetait dans l’océan ou l’espace sans rien en attendre avec une grande ouverture.  Il est recommandé de mettre l’ancrage de la question dans le bas-ventre si cela est possible pour bien l’arrimer dans le corps.  Cette pratique n’est pas une recherche abstraite, c’est un moyen méditatif de cultiver l’ancrage et l’investigation ensemble.  Cette méthode complémente bien la méditation de la pleine conscience sur le corps, le souffle, les sons ou les tonalités.  Elle peut y apporter une certaine énergie qui nous gardera plus facilement éveillé(e)s.

Méditation Guidée du Questionnement

On s’assoit tranquillement sur une chaise.  Le dos est droit, les épaules relâchées, les yeux à moitié ouverts dans un regard oblique dirigé vers le sol sans fixer quoi que ce soit.

On est assis aussi solidement qu’une montagne et aussi vaste que l’océan.  On peut commencer par être conscient de l’inspiration et de l’expiration.  L’air pénètre les narines et ressort.

Puis on inspire et sur l’expiration on pose la question « qu’est-ce que c’est ? » silencieusement.  On inspire de nouveau sans forcer le souffle, et sur l’expiration on pose la question  « qu’est-ce que c’est ? » encore une fois.

Après quelques minutes on laisse la respiration à l’arrière plan et on s’ancre dans la question « qu’est-ce que c’est ? ».  Quand on se rend compte que l’on pense à autre chose, on revient à la question « qu’est-ce que c’est ? ».

Chaque fois que vous revenez à la question « qu’est-ce que c’est ? », vous revenez à l’intégralité de ce qui se passe ici et maintenant en ne définissant aucun élément de cette expérience.  Vous êtes juste ouvert(e) à ce qui se passe d’un façon stable et calme.

Chaque fois que vous posez la question « qu’est-ce que c’est ? », restez quelques secondes avec le ressenti de perplexité engendré par le questionnement ; quand il disparaît, revenez à la question.

Vous essayez de devenir un point d’interrogation stable et calme.

Si la question engendre plus de pensées, vous revenez à l’ancrage de la respiration.

Si une réponse superficielle apparaît, laissez-la passer.  Si une réponse profonde apparaît, faites-en l’expérience sans l’analyser ni proliférer.

Pouvez-vous accepter l’incertitude et l’énigme que la vie nous pose.  Pouvez-vous avoir un regard nouveau sur la contingence de l’existence.

Est-ce qu’un certain émerveillement émerge du questionnement ?

Martine Batchelor basée en France, anime en Europe et aux Etats-Unis des retraites qui combinent la tradition du zen coréen où elle fut nonne dix ans et la méditation vipassana – En France, voir Terre d’Eveil

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