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Où en est la pleine ordination de Bikkhuni dans la tradition Théravada ?

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Dhammananda

Une bhikkhuni (pali) ou bhikshuni (sanskrit) est une moniale bouddhiste qui a reçu l’ordination complète (upasampada), suivant un noviciat (shramanerika puis shikshamana) d’au moins deux ans. 

L’ordre des bhikkhunis a été fondé cinq ans après celui des bhikkhus, par le Bouddha. La première moniale a été Mahaprajapati Gautami, sa tante et mère adoptive.  Les spécificités de l’ordination féminine sont la durée plus longue du noviciat obligatoire et la double ordination par les sanghas des deux sexes.

Pendant les deux ou trois centaines d’années suivantes, des écrits d’Inde confirment que des moniales occupent des places et des rangs importants au sein de la hiérarchie de la communauté monastique (Sangha), et disposent de capitaux conséquents leur permettant de prendre une part importante à la construction et l’entretien d’édifices bouddhistes. Durant les siècles suivants, les écrits ne font plus état de la vie ou de l’influence des moniales. Leurs nonneries tombent dans l’oubli. Les nombreux commentaires de la littérature bouddhistes sont écrits par des moines pour des moines. Les moniales sont éclipsées.

A partir de cette période et jusqu’à nos jours, on ne connaît dans beaucoup de pays asiatiques que des novices (« Shramanerika »).

Dans les pays d’Asie du Sud (Birmanie, Cambodge, Laos, Sri Lanka, Thaïlande) et chez les theravada du Vietnam et du Népal, où les bhikkhunis sont inexistantes, on trouve, particulièrement depuis le XIXe siècle, des femmes qui se tournent vers la vie d’ascète et font vœu de suivre des règles en nombre variable, vivant soit en communauté, soit isolément. Elles sont appelées anagarikas (errantes) ou thilashins (morales) au Myanmar et au Népal, dasasilmatas (errantes) à Sri lanka et maechis en Thaïlande, et portent des robes de couleur différente selon la région.

Dans la plupart de ces pays, leur statut est incertain car elle n’appartiennent à aucune des quatre catégories de la grande sangha définie par le Bouddha (moines et moniales, laïcs des deux sexes). Elles ne reçoivent, contrairement aux moines, aucune assistance de l’État, et très peu des laïcs qui préfèrent soutenir les moines confirmés. Ainsi, les maechis thaïlandaises, au nombre de 14 700 en 1997, se trouvent-elles à la fois dépourvues du droit de vote comme les moines, mais privées par les autorités bouddhiques du droit d’enseigner le dharma et d’accomplir des rituels.

En 1987, à Bodhgaya en Inde, l’association internationale Sakyadhita qui signifie « Filles du Bouddha » voit le jour, son objectif : rassembler les nonnes des différents pays bouddhistes, oeuvrer pour rétablir la pleine ordination de bikkhuni là où elle a disparu dans les pays Théravada et établir la pleine ordination dans la tradition tibétaine, où elle n’a jamais été établi.

Depuis cette date, les choses ont beaucoup bougé dans la tradition Théravada. Avec l’aide de la lignée chinoise des ordinations ont été organisées au Sri Lanka depuis 1998. Cette année-là, vingt femmes furent ordonnées à Bodhgaya par des moines mahayana et theravada et des moniales mahayana dont la lignée remontait à des bhikkhunis srilankaises. Dix les avaient précédées en 1996, mais l’opposition restait alors forte. En 2004, on en comptait au Sri Lanka 400 bhikkhunis et 800 shramanerikas. 

Dhammananda

En Thaïlande et Birmanie, l’opposition reste très forte, voir les difficultés de Dhammananda que nous avons relayées. En 2010, Ajahn Brahm, un moine éminent de la lignée Thailandaise ordonne des bikkhunis en Australie, ce qui lui vaut son « excommunication ». En Angleterre, le monastère d’Amaravati, de la même lignée rappelle aux nonnes qui y vivent l’impossibilité pour elles d’accéder à l’ordination, cette tempête sexiste aboutit au départ de plusieurs nonnes.

Depuis, aux Etats Unis mais aussi ailleurs dans le monde bouddhiste, des ordinations se sont déroulées malgré l’opposition véhémente des moines thailandais. Un réseau de bikkhunis s’est créé à travers le monde et en janvier 2019, une nouvelle ordination de groupe s’est déroulée à Bodhhgaya en Inde : 24 candidates, 13 du Vietnam, 8 de Thaïlande et 3 de Chine

Néanmoins, en Thaïlande et en Birmanie, les nonnes doivent toujours affronter de fortes résistances de moines qui ne veulent pas que des femmes aient le même statut qu’eux et bénéficient du même support matériel de la population.

Ordination de Bikkkhunis