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Une comtesse californienne se convertit au bouddhisme en 1896

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En mars 1896, dans la banlieue de San Francisco d’Oakland, le nationaliste bouddhiste sri-lankais et missionnaire Hewavitarne (Anagarika) Dharmapala, rencontra lors d’une tournée de conférences aux États-Unis, la comtesse Canavarro. Elle cherchait une nourriture spirituelle, il fut frappé de sa détermination et de son énergie. Quatre mois plus tard, Dharmapala lui proposait de venir au Sri Lanka en vue d’y établir un ordre de nonnes bouddhistes et de devenir directrice de la première école secondaire bouddhiste féminine de l’île.

Dans la soirée du 30 août 1897, au New Century Hall de la Cinquième Avenue de New York, Dharmapala transmit à la comtesse Canavarro les cinq préceptes bouddhistes, ce qui faisait d’elle la première femme à se convertir au bouddhisme sur le sol américain. Elle devint ainsi la première dans un nouvel ordre de «nonnes bouddhistes» que Dharmapala voulait créer au Sri Lanka, quelques sept siècles après la mort de l’ordination féminine. Elle prit le nom hautement symbolique de  « Sœur Sanghamitta », du nom de la première missionnaire bouddhiste au Sri Lanka, ainsi que de l’école qu’elle avait l’intention d’ouvrir. Par son acte même de conversion, la comtesse fit sensation. Dans la rigide atmosphère chrétienne de la fin de ce siècle, l’adoption d’une autre religion était scandaleux.

L’école secondaire  Sanghamitta

L’école secondaire de filles Sanghamitta existait déjà, elle avait été fondée par la Women’s Education Society en 1891, de la branche sri lankaise de la société théosophique fondée par Madame Blavastky.

Dharmapala et la comtesse voulaient établir Sanghamitta selon les principes des écoles catholiques mais avec des nonnes bouddhistes.La nonnerie, l’école et un orphelinat furent réunis en un même lieu. Une grande foule assista à l’ouverture et les candidates étaient nombreuses. La comtesse qui se regardait comme la « mère supérieure » était connue par les enfants comme Nona Amma (ou madame mère), une autre occidentale et plusieurs « nonnes » cinghalaises complétaient le personnel.

À la mi-1898, Catherine Shearer, une infirmière de l’hôpital Eliot de Boston, la rejoignit, devenant soeur «Padmavatie». Mais des divergences éclatèrent entre les deux femmes et condamnèrent le projet.

Qui était la comtesse Canavarro?

Miranda Maria Banta était née en 1849 dans l’est du Texas, elle accompagna sa mère en Californie. À 17 ans, elle épousa Samuel Cleghorn Bates, agent d’assurance, dont elle eut quatre enfants.

Après l’avoir quitté, probablement à la suite de violences, elle fit la connaissance en août 1882 du lieutenant António de Souza Canavarro, descendant d’une famille noble, en route pour devenir consul général portugais à Hawaï, (alors état indépendant). L’année suivante, elle se faisait appeler «Miranda A .de Souza Canavarro « .

En tant que figure notable dans la haute société de la côte ouest des Etats Unis, sa conversion au bouddhisme avait été l’objet d’une publicité considérable.

Des années plus tard, le souffle du scandale restait. Le journal de Greenfield, basé à l’Iowa, l’Adair Counry Democrat, affirmait que Dharmapala l’avait hypnotisée et l’avait amenée à abandonner sa famille.

Countess Canavarro avec enseignants et étudiants, de The Open Court

« Companionate Marriage »

En novembre 1900, après l’échec de la nonnerie et de l’école  Sanghamitta, la comtesse revint aux États-Unis sur la côte est. Elle y donna des conférences sur le bouddhisme et l’Orient en général, plusieurs de ses conférences étant publiées.

Peu de temps après, elle conclut un « companionate marriage » avec un autre théosophe, Myron H. Phelps, avocat. Ce mariage d’un type nouveau incluait un contrôle des naissance, une indépendance financière et économique des partenaires et une éventuelle séparation à l’amiable. Le couple voyagea au Sri Lanka en se présentant comme « frère et soeur. »  et la comtesse continua à se définir comme une «religieuse» bouddhiste.

En décembre 1902, elle accompagnait Phelps à Akka en Palestine, pour rencontrer «Abbás Effendí (Abdu’l-Bahá), le chef Bahá’í. Le bahaïsme est une religion proclamant l’unité spirituelle de l’humanité, les membres se décrivent comme les adhérents d’une religion mondiale indépendante. À la fin de 1903, portant toujours le nom de « Soeur Sanghamitta », elle déclarait son acceptation de la foi bahá’íe.

Deux ans plus tard, elle et Phelps furent l’hôte de Ponnambalam Ramanathan, un homme politique actif dans le développement éducatif du Sri Lanka et dans le rapprochement entre bouddhisme et christianisme en relation avec la société théosophique.

La vision intellectuelle de Ramanathan sur l’hindouisme attira Phelps: en 1908, il se voyait comme un hindou. Il quitta la comtesse pour rejoindre le mouvement pour l’indépendance de l’Inde.

Quasiment ruinée, elle déménagea dans une ferme à Blackstone, en Virginie. Elle continua à faire des conférences, mais se concentra sur l’écriture: elle publia plusieurs romans et un ouvrage autobiographique : « Insight into the Far East ».

En 1922, elle retourna à Hawai’i, puis s’installa à Glendale, dans la banlieue de Los Angeles. Dans la dernière phase de sa vie, elle adopta l’hindouisme Vedanta. Elle quitta ce monde à Glendale le 25 juillet 1933.

Tombe Comtesse Canavarro

Bien qu’elle soit presque oubliée aux États-Unis, la comtesse eut un impact  sur la propagation en Occident du bouddhisme, du bahá’íisme, de l’hindouisme et de l’ésotérisme en général. Son effet au Sri Lanka, malgré son court séjour de trois ans, fut beaucoup plus marqué.
Sa conversion au bouddhisme et ses recherches spirituelles eurent un retentissement dans son entourage et dans la société américaine de l’époque. le bouddhisme était déjà présent aux États-Unis avec les Chinois qui arrivèrent en Californie pour la ruée vers l’or de 1849. La comtesse représentait un type différent de bouddhiste.

Par ailleurs, son exemple affecta la manière dont la société sri lankaise regardait les femmes.  La comtesse et ses «sœurs», en choisissant de devenir des renonçantes au monde, contestèrent le stéréotype de la pieuse femme bouddhiste en tant que femme et mère. Elles contribuèrent à faire du renoncement un choix respectable pour les femmes bouddhistes à Ceylan.

La tradition bouddhiste sri lankaise avait, pendant sept siècles, manqué d’une branche féminine de la Sangha. Cela a renforcé l’idée que les femmes étaient mentalement inférieures à leurs homologues masculins, ce qui était devenu un dogme. La comtesse Canavarro, en ressuscitant l’image de la femme bouddhiste cherchant l’illumination, a démontré l’égalité intellectuelle des sexes et a renversé cette perspective. Son action s’est avérée vitale pour le développement du féminisme dans cette île.

Source : Extraits et résumés de Roar media – Sri lanka   Traduction Bouddhisme au féminin