La compassion qui sait voir par Shoju Mahler

La compassion qui sait voir par Shoju Mahler

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Spécial compassion du n° 20 – dix ans de présence sur le net

Shoju Malher partage avec nous ce moment de plus grande compréhension qui change le regard.

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Jokei Lambert Sensei, l’une des enseignantes du temple  ‘ La Demeure sans Limites ‘ en Ardèche, et moi sommes amies du Dharma de longue date.
Lorsque nous étions novices, récemment ordonnées, nos maîtres respectifs nous avaient envoyées au temple de formation pour les nonnes Zen Soto, le Aichi Senmon Nisodo à Nagoya au Japon, dont Shundo Aoyama R?shi est l’abbesse. Nous y étions au même moment mais dans des groupes de travail différents et nous avions rarement l’occasion de nous parler.
Dans les temples de formation tout est organisé d’une manière très précise, la pratique se fait toujours en groupe, et les nonnes plus anciennes guident les nouvelles.
Keiun-san, une nonne de mon groupe qui parlait anglais me traduisait parfois les instructions de l’ainée, responsable du groupe. Dès le début, Keiun-san me critiquait constamment: « Oh, vous ne savez pas chanter! » me disait-elle, « Vous tenez les baguettes bien mal pendant les repas », « Vous ne savez pas marcher joliment comme une Japonaise », « Tenez vous droite pendant zazen! ». Ma place était à ses côtés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, je dépendais d’elle, et ses critiques étaient incessantes. Je commençai donc à calculer comment faire pour sauter dans un train puis dans un avion afin de sortir de cet enfer.
shoboji02Quelques jours plus tard, nous étions toutes assises sur les talons autour de la table basse lors du moment de thé de l’après-midi et Jokei-san était en face de moi. Elle me glissa à mi-voix, en portant son regard sur la nonne que je trouvais si difficile: « Tu vois cette nonne? Elle est en grande souffrance. »

Parfois, une seule phrase peut tout changer.
Je n’avais rien vu d’autre que moi-même dans ces circonstances. Rien que ma propre souffrance, pas celle de Keiun-san. Il se trouve qu’en un seul instant, j’ai pu entendre, comprendre cette phrase:  « Elle est en grande souffrance ». Grâce à la compassion de Jokei-san pour Keiun-san, je l’ai aussi reçue et j’ai pu embrasser la situation toute entière, la faire mienne au lieu de la repousser. J’ai pu comprendre la souffrance de Keiun-san, rester au Nisodo pendant ces trois mois de formation et approfondir ma compréhention du Dharma en vivant et en pratiquant avec d’autres nonnes de notre tradition et l’exemple d’Aoyama Roshi.

Lorsque nous regardons profondément, nous saisissons que nous vivons en permanence grâce à cette compassion incommensurable et magnanime, dans ce grand réseau ou tout est interdépendant. Et c’est grâce à ce soutien que chacune de nous l’actualise de sa propre manière, à travers la pratique de zazen et celle de la vie quotidienne.

Shoju Mahler enseigne à Alès, dans le Zendo qu’elle a fondé : L’eau Vive

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