Question aux enseignantes : rester ou non dans une seule tradition ?

Question aux enseignantes : rester ou non dans une seule tradition ?

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Deux enseignantes répondent à une questions posée par un(e) pratiquant(e):
– Zenkei Blanche Hartmann de la tradition Zen, ancienne abbé du San Francisco Zen center,
– Narayan Helen Liebenson, enseignante au Cambridge Insight Meditation Center de la tradition Théravada.

Question: Je ne m’identifie pas exclusivement à une seule tradition, mais je trouve plutot utile d’apprendre de plusieurs sources, telles que le Zen, le Vajrayana, le Theravada et la Terre Pure. Parfois, je reçois des critiques pour ne pas me cantonner à une seule tradition, mais je ne vois pas où est le problème. Pourquoi ne profiterions nous pas de l’incroyable opportunité d’apprendre des multiples traditions bouddhistes qui sont venues en Occident ? après tout, j’ai même vu des enseignants bouddhistes étudiant avec d’autres enseignants en dehors de leur tradition.

Narayan Helen Liebenson: Vous entendez ce genre de critiques en raison du souci légitime que la pratique puisse devenir superficielle et n’apporte par conséquent que des résultats superficiels. Passer d’une tradition à l’autre sans être enraciné dans aucune  est regardée comme creuser plusieurs petits trous au lieu d’un trou profond.

D’un autre côté, en Occident, et particulièrement aux États Unis, il y a une rencontre merveilleuse et remarquable offrant une riche fresque des diverses traditions bouddhistes. Dans le passé, la plupart des pays asiatiques avaient une tradition et parfois n’offraient qu’une façon de pratiquer. Si cela ne vous convenait pas, vous n’aviez pas de chance. Ici pratiquement chacun(e) peut trouver la voie qui lui convient.

Il est vrai que des enseignants étudient avec des instructeurs issus d’autres traditions. Pour moi, bien que la tradition vipassana soit celle dont je me sens la plus proche, je suis également profondément connectée à la tradition Chan et pratique avec Maitre Sheng Yen depuis dix ans. Je me suis reliée à cette tradition de façon imprévue.

J’ai reçu sur cette question un conseil tandis que je pratiquais avec Ajahn Maha Bowa dans une forêt de Thaïlande il y a de nombreuses années. Le conseil était de rester avec un(e) enseignant(e) pendant cinq ans et de pratiquer aussi intensément que possible. Après cette période de formation initiale, il est considéré  comme tout à fait légitime d’aller voir ailleurs si on le désire, parce qu’on a acquis une ferme fondation sur laquelle s’appuyer. Ce conseil concernait les moines et traitait non pas de traditions et de lignées mais d’enseignants et de monastères, mais je crois que cela s’applique à votre question également. Si quelqu’un s’engage totalement sur le chemin de la libération, cinq années me paraissent le minimum de temps nécessaire pour apprendre en profondeur une tradition.

Certaines personnes demeureront dans une tradition pendant leur vie entière de pratique et cela leur suffira. D’autres, comme vous, seront ouverts aux multiples traditions du Bouddhisme. Pour moi, ce n’est pas qu’il y ait un manque quelconque dans la tradition Théravada ; j’ai simplement rencontré un enseignant du Chan avec lequel j’ai une profonde affinité.

Je ne vois pas votre ouverture comme nécessairement problématique tant que vous regardez les choses avec sagesse et savez précisément comment pratiquer. Mais si vous trouvez que vous vous sentez confus, alors vous avez besoin de choisir une tradition et d’y rester.

Zenkei Blanche Hartman: Je suis d’accord avec vous qu’il y a beaucoup à apprendre des diverses traditions bouddhistes désormais disponibles en Occident. Dans les premières années, le San Francisco Zen Center a abrité de nombreux enseignants de traditions différentes et j’ai apprécié d’avoir l’opportunité de les entendre enseigner. Au fil des ans, j’ai donné des retraites avec des enseignant(e)s attaché(e)s à diverses écoles du Zen, du Vajrayana et du Théravada, et j’ai été inspirée par de nombreux enseignant(e)s qui vivent leur vie selon les enseignements du Bouddha.

Toutefois, une fois que vous établissez une forte connexion avec un enseignant qui vous inspire, vous devez penser à passer du mode de recherche à l’engagement. Quand j’ai rencontré Susuki Roshi pour la première fois, j’ai pensé : « je veux être comme lui ». Le meilleur enseignant pour vous est celui ou celle qui vous inspire par la sagesse et la compassion qui l’habite tandis qu’il ou elle vaque à sa vie quotidienne et interagit avec les personnes qui l’entoure.

Je ne recommanderai pas de s’engager tout de suite  avec plusieurs enseignants. Il est préférable de donner votre pleine attention à un enseignant et une sangha. Si la sangha a plusieurs enseignants de disponibles, vous pouvez avoir besoin de parler en tête à tête avec plusieurs d’entre eux pour discerner lequel est le mieux pour vous comme enseignant référent.

Kobun Chino Roshi a dit une fois : « Quand vous réalisez combien votre vie est rare et combien elle est précieuse, et à quel point vous êtes responsable de la façon dont vous la vivez, de la façon dont vous la manifestez, c’est une telle responsabilité, que naturellement  une telle personne s’asseoit pendant un moment. » Etes-vous désireux de vous asseoir (c’est-à-dire de méditer) pendant un moment et de vous investir auprès d’un maitre, d’une sangha et d’une pratique ?

Source Buddhadharma  Traduction Bouddhisme au féminin