Enseignante celebree du numero en cours

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Anne Michel

 

Mes premiers élans spirituels ont été éveillés par Krishnamurti qui venait régulièrement en Suisse dans les années 1970-75. Beauté de sa manière de parler de la mort comme n’étant pas liée au corps mais à la mort de l’instant toujours disparaissant… et réapparaissant.

Puis rencontre avec Goenka en Inde, pour des retraites de 10 jours en silence. J’ai appris la puissance du silence pour développer la compassion pour les autres. En ne faisant rien pendant 10 jours, que de l’assise en silence, la rencontre avec les gens, à ma sortie, n’était que proximité, fraternité et ouverture.

En Suisse nous avons eu la chance de bénéficier chaque année de longues retraites avec des enseignants remarquables : le moine Ajahn Sumedho, et Jack Kornfield, Joseph Goldstein et Carole Wilson…  Ainsi peu à peu le chemin se clarifiait en moi. Une réalisation importante a marqué un tournant dans ma vie : j’ai expérimenté la fin de la dualité, ce Un qui contient la pluralité, cet au-delà qui ne peut pas être dit par des mots. Dès ce jour, le Dharma a été au centre de ma vie. Avec des amis, nous invitions régulièrement des enseignants pour donner des retraites en Suisse Romande. Je donnais du soin à ma vie de famille, à ma vie professionnelle,  et à ma vie intérieure.

Après une retraite de 3 mois, en 1994, au monastère d’Amaravati, avec Ajahn  Sucitto, qui m’a encouragée à aller de l’avant, l’élan pour l’enseignement a  commencé à faire son chemin en moi. J’ai attendu d’être dans suffisamment d’impartialité et de calme, le succès ou l’échec n’ayant plus d’impact sur ma conscience, pour ouvrir un groupe débutants à Lausanne, en 2000. Les soirées, journées et retraites se sont organisées dans des lieux de location. L’exercice du Dialogue Conscient proposé par Gregory Kramer a enrichi ma pratique en ouvrant la méditation à l’aspect plus relationnel de la contemplation.

En 2006, une amie m’a donné l’élan pour créer une Association appelée Mudita qui avait pour but de m’aider pour l’organisation, la promotion et l’enseignement de la méditation en langue française.

En 2016 un lieu dans lequel nous organisions des retraites depuis de longues années a été mis en vente, dans un vallon retiré des Préalpes Bernoises. L’endroit était magnifique, la maison en très bon état, et pouvait accueillir 40 personnes. Comme nous connaissions et aimions ce lieu et que nous étions une association sans but lucratif nous avons bénéficié d’un prix de vente accessible à nos possibilités. Notre sangha fut incroyablement généreuse : en 15 jours nous avons récolté les 180’000 CH frs nécessaires à la signature du contrat de vente.

La maison Mudita

Début Janvier 2017, une première retraite, de 5 jours, fut organisée dans la maison Mudita, après des transformations qui l’avaient rendue parfaite pour organiser des séjours de méditation en silence. Depuis ce jour la maison est très occupée au grand plaisir de chacun.

Je suis pleine de gratitude pour toutes celles et ceux qui œuvrent avec moi à la bonne marche de notre projet. Gratitude aussi car je peux enseigner sans avoir à surcharger ma voiture pour aménager des lieux ici et là.

Nous avons aujourd’hui un programme qui est fidèle à la tradition Theravada, non pas par manque d’intérêt pour d’autres traditions, mais par soucis de clarté et de simplicité.  Nous invitons régulièrement des enseignant·e·s de langue française ou alors nous assurons une traduction.

C’est une merveille de pouvoir accueillir des participant·e·s ravi·e·s de la simplicité, de la tranquillité et de la beauté de ce lieu loin de la fébrilité du monde.

Anne Michel enseigne en Suisse, mais aussi en France à l’invitation de Terre d’Eveil et du groupe Vivekarama

lire Trois aspects de la libération par Anne Michel

et aussi en relation avec le thème : La notion de Dieu dans le Bouddhisme par Anne Michel

Patricia Genoud

Patricia Genoud passe les premières années de sa vie de 1956 à 1967 dans trois pays d’Afrique : l’Algérie, le Congo et la Guinée. Ces premières expériences riches et intenses la pousseront à se questionner sur le sens de la condition humaine. 

Patricia Genoud

Elle passe beaucoup de temps seule et en silence dans la nature qu’elle prend comme soutien pour se protéger du chaos ambiant dû aux troubles politiques.

A l’âge de 11 ans, elle est envoyée dans un pensionnat en Suisse pour poursuivre sa scolarité.

Encore adolescente, elle lit Siddharta de Herman Hesse qui lui ouvre le champ de ses possibilités car ce livre parle de manière inspirante d’un chemin spirituel.

A 18 ans,  à Saanen, dans les Préalpes bernoises, elle rencontre pour la première fois, Krishnamurti. Ayant besoin de s’appuyer sur une technique, elle s’adonne  à la méditation transcendantale pendant 2 ans.

En 1984 elle rencontre son premier maître bouddhiste de la tradition tibétaine Dilgo Khyentse Rinpoche. La même année elle participe à une retraite guidée par un maitre birman de la tradition theravada, Sayadaw U Pandita. Au fil des années, elle fait la connaissance d’autres maitres dans ces deux traditions.

Ceci lui permait d’étudier et de pratiquer ces deux voies en parallèle jusqu’à ce jour. Son attrait pour les longues retraites de méditation la mèneront en Asie plusieurs mois chaque année jusque dans la fin des années 90.

Dès 1989, elle fait annuellement de longues retraites au centre de méditation de l’Insight Meditation Society à Barre, près de Boston. Elle réside dans ce centre de manière intermittente dans les années 2000.

En 1997 elle a la possibilité de commencer à enseigner la méditation Vipassana et Metta en suivant une formation d’enseignante de méditation sous la guidance de Joseph Goldstein et d’autres enseignants américains au sein de l’IMS.

De 1997-2014 elle enseigne plusieurs fois par an à l’IMS, au centre de retraite et au Forest Refuge, centre de pratique de longue durée.

A Genève, en 1999 elle fonde, avec son mari et un groupe  d’amis, l’association de méditation Vimalakirti où elle enseigne régulièrement. Elle conduit également des retraites résidentielles dans divers pays d’Europe.

Patricia enseignant à Vimalakirti

Liens : www.vimalakirti.org  et pcgenoud.ch

Patricia Feldman-Genoud, basée à Genève en Suisse au Centre Vimalakirti, anime également des retraites aux Etats-Unis. Elle dirige des sessions en France organisées par Terre d’Eveil, par le Centre Vimalakirti, et au centre Tibétain de Karma Migyur Ling (Monchardon) (Isère).

Lire aussi D’une vérité à l’autre par Patricia Genoud

Marie Cécile Forget

J’ai 74 ans, je suis mariée et mère de deux enfants.

Après un master en traduction, je passe quatre années à l’académie d’Ixelles pour ensuite travailler comme artiste-peintre pendant 25 ans.  C’est à l’âge de 45 ans que j’entre en contact avec le bouddhisme; je me sens d’emblée attirée… peut-être à cause de toutes ces années de concentration artistique.

Marie Cécile Forget

Je commence à pratiquer sous la conduite du Vén. Dr. Rewata Dhamma dont je deviendrai très vite la traductrice.

A sa demande, je fonde  le « Dhamma Group de Bruxelles » avec pour but  de faire connaître et de diffuser la méditation vipassana telle qu’elle est enseignée traditionnellement en Birmanie. Soirées, journées, w.e., retraites intensives … c´est l’époque  héroïque :  les méditants étaient rares, les lieux convenant pour la pratique encore plus! Tout se faisait en privé.

Rencontre avec la tradition Mahasi

Chaque année avait lieu au centre Sakyamuni de France une mission de propagation de l´enseignement du Bouddha; elle était dirigée par l´un ou l´autre des grands maîtres de la tradition Mahasi. Invitée pour traduire, j’ai pu faire connaissance avec cette grande école et inviter ses représentants à venir en Belgique.

Pour assurer son avenir, il fallait doter le groupe d’un statut officiel; en 2003 la jeune Association Sans But Lucratif (a.s.b.l.) acquiert une existence juridique, une dizaine de membres effectifs et un conseil d´administration dont je suis la présidente. Elle fait dorénavant partie de l’Union Bouddhique Belge” (UBB),  offrant  ainsi à la riche tradition vipassana de Birmanie, la place centrale qu’elle mérite d’occuper.

À la même époque, nous nous trouvions un nouveau lieu pour nos activités résidentielles: un ensemble de bâtiments situés à Rivière, localité calme et boisée, facilement accessible par la route ou par le train. Le Dr. Rewata Dhamma lui donna son nom: “Dhammaramsi” – Lumière du Dhamma, et en-dessous, “Tradition Vipassana de  Birmanie” pour afficher clairement le rattachement des lieux à la pure tradition bouddhiste.

En mai 2004, au cours de la cérémonie du Vezak,  le Vén. Dr. Rewata Dhamma  me décerna officiellement le titre d’ « enseignante de méditation » (kammathanacaryia) et me donna le nom bouddhiste de « Dhammadina » (celle qui donne le Dhamma).

Depuis le début, j’ai partagé mon temps entre l’organisation du groupe et mes retraites privées aux quatre coins du monde mais toujours sous la guidance de maîtres Mahasi  (Sayadaw U Paññathamibhivamsa; Sayadaw U Janakabhivamsa;  Sayadaw U Kundalabhivamsa;  Sayadaw U panditabhivamsa;  Sayadaw U Pannasami; Sayadaw U Thuzana… )

L’équanimité qui se développe progressivement au cours de la pratique a eu un effet positif sur ma vie quotidienne qui est devenue plus paisible et plus harmonieuse.

Avec une équipe d’amis membres de l’association, nous avons dirigé  les activités du centre Dhammaramsi  pendant 35 ans; au fil des années, je suis devenue une « kalyanamitta » (amie spirituelle), qui s’efforce de transmettre son enthousiasme et sa conviction à toutes celles et ceux qui se montrent intéressés par l’enseignement du Bouddha.

Mon espoir est de créer ici à Dhammaramsi  un centre traditionnel d’étude et de pratique du bouddhisme théravada, pour le plus grand bénéfice de notre société.

J’ai eu le bonheur de lancer le projet; j’espère de tout coeur qu’une deuxième génération consolidera l’édifice en faisant de Dhammaramsi un lieu de rayonnement du Sasana du Bouddha  avec à sa tête des maîtres de haut niveau capables de transmettre l’enseignement dans toute son authenticité.

* * *

Traductions : Sayadaw U Pandita « Dans cette vie même », Sayadaw U Silananda, « The Four Foundations of Mindfulness », divers ouvrages de Sayadaw U Kundalabhivamsa. Traductrice des maîtres lors des retraites intensives à Dhammaramsi et à Sakyamuni.

LES  ACTIVITES de DHAMMAGROUP

(en collaboration avec les membres de l’a.s.b.l. )

Conformément à la tradition, le groupe fonctionne sur le principe des donations; l’enseignement est toujours gratuit, seule une participation aux frais de fonctionnement est demandée aux participants.

Week-ends d’initiation à la pratique de vipassana
Soirées hebdomadaires à Bruxelles, à Liège et à  Rivière (Dhammaramsi)
Stages pour des écoles
Cycles d’introduction au bouddhisme
Retraites intensives

Site internet www.dhammagroupbrussels.be
Facebook “vipassana Belgium Dhammagroup”

lire aussi L’amie spirituelle (Kalyanamitta) par Marie cécile Forget

Marie Cecile Forget à Sagesses bouddhistes en 2013 :

 

Martine Batchelor

Une femme révoltée, devenue religieuse en Asie, vit désormais cette fidélité en Occident. Martine Batchelor, partie à 21 ans en Asie sac au dos, est devenue nonne en Corée avant de se marier et de revenir en Europe à l’âge de 32 ans.

Un jour, en Corée, le maître bouddhiste Kusan demande à Martine de prier pour qu’elle se réincarne en homme.  » Pourquoi en homme « , s’insurge-t-elle? Le maître n’insiste pas. Au bout d’un moment, il lui répond  » Prie quand même ». « En dix ans passés au temple de Song gwung sa, c’est l’une des rares fois où nous n’avons pas été d’accord « . Trente ans après, Martine rit au souvenir de cette conversation. Le rire donnerait au regard de cette Française de 50 ans un air presque asiatique, comme s’il avait été importé de ce long séjour en Corée, comme nonne au temple de Song Gwung sa.

Au départ, pourtant, Martine était une jeune fille tout ce qu’il y a de plus française. Une  » Martine  » des années cinquante. Des parents peu religieux (la messe trois fois par an), une enfance heureuse dans une famille « ouverte ». Une Martine bien de sa génération: 15 ans en 68, des révoltes plein la tête, l’envie de sauver le monde, changer la vie, des images de la guerre du Vietnam accrochées dans sa chambre. Dix-huit ans, un engagement politique anarchiste, des études très brèves –  » trois heures z Science po, trois mois en psycho  » -, la porte de la maison parentale qui claque, la  » liberté « . Trois ans plus tard, en 1975, c’est l’Asie, sac au dos et 500 dollars en poche. Avec dans la tête quelques jalons: la lecture d’un livre de sagesse orientale, chez des amis, dont elle retient cette phrase,  » Avant de changer les autres, il faut se changer soi-même « . Des incursions auprès du soufisme, du taoïsme, et même, déjà, des rencontres de bouddhistes tibétains, faites à Londres, alors qu’elle vivait de petits boulots. Mais rien qui n’éveille en elle un véritable écho.

De l’Inde, l’errance continue, jusqu’à ce qu’une série de contacts conduise la jeune fille en Corée, dans un temple pour femmes. C’est la première expérience de méditation. Une révélation.

Venue pour trois mois, elle restera dix ans.

À l’époque, l’Orient et ses sagesses constituent un parcours quasi obligatoire pour la jeunesse occidentale en mal d’horizon. Beaucoup y passent, mais peu reste. Martine, elle, s’accroche. Elle était venue pour trois mois. Elle restera dix ans, seule nonne française au milieu de 60 millions de Coréens…

Au départ, pourtant, la rigueur bouddhiste semble bien éprouvante pour la jeune française. De sa première expérience coréenne, elle conserve d’ailleurs un souvenir plutôt cuisant: il s’agissait d’une pratique très rigoureuse de repentance. Comme les autres, Martine commence à faire les génuflexions… il y en aura 108 en une soirée !

Ce petit bout de femme volontaire persiste et signe dans sa quête de sens. Elle trouve un temple mieux adapté aux postulants occidentaux. Commence une session de méditation de trois mois, – dix heures par jour! Elle trouve  » sa voie « . Pendant trois ans, j’avais connu la totale liberté. Mais, alors que je voulais aider les autres, je ne pensais qu’à moi, j’étais obsédée par l’argent « . L’engagement pour le moins radical de Martine étonne.  » Mes parents étaient plutôt rassurés de ne pas me savoir sur les routes. Ma petite soeur, elle, ne comprenait pas : comment moi, tellement rétive à toute autorité, je pouvais accepter une vie aussi structurée! Simplement, j’étais libre, enfin.

Martine en Corée

Depuis, Martine pratique, tous les jours, cette forme de concentration pour parvenir à l’éveil de soi.  » Le cadeau de la méditation, c’est le renoncement. Autrefois, je pensais à moi 95 % du temps. La méditation m’a appris la compassion, en reconnaissant l’existence de l’autre. « 

La décision de devenir nonne fut prise en trois jours. Et les cheveux rasés, sans regret, assure-t-elle. Voire même avec soulagement: jusqu’ici, les relations avec les hommes constituaient un problème pour Martine:  » Il fallait composer, je n’étais pas naturelle. Désormais, c’est plus simple.  » Curieusement, raconte-t-elle, en renonçant à une vie sexuelle; Martine gagne en féminité…

La rencontre avec une vieille nonne coréenne de 80 ans, supérieure d’un couvent de femmes, la marque profondément:  » Dès que je l’ai vue, je l’ai aimée. Elle était très connue, dans le pays, pour sa spiritualité. Mais elle restait d’une humilité incroyable. Elle était numéro un du couvent, mais ne le vivait pas comme une position.  » Martine vient souvent chez elle, en séjour. En Corée, les femmes sont prisonnières d’un rôle et d’un statut contraignants, observe la Française.  » Les nonnes, elles, sont libres « .

« J’ai compris qu’il était inutile de chercher à devenir coréenne. »

 » L’inculturation  » de la Française, en revanche, fut plus douloureuse. Les Coréens sont très communautaires, ils vivent, y compris dans les couvents, sur un mode familial. De nombreux occidentaux s’y cassent les dents. Martine, elle, va s’y faire… progressivement:  » J’ai rapidement compris qu’il était inutile de chercher à devenir coréenne. Occidentale j’étais née, occidentale je restais. « 

Elle rencontre un jour un jeune anglais, moine bouddhiste arrivé quelque temps plus tôt au temple, après un long parcours spirituel au Tibet. Stephen et Martine se retrouvent, s’apprécient. Ils décident, après mûres réflexions, de quitter le temple, de se marier –  » moi qui avais juré de ne jamais me marier!  » – et… de retourner en Europe.

À 32 ans, Martine redécouvre l’égalité après avoir subi les effets de la hiérarchie religieuse, l’individualisme, (amour, la jalousie… Vivre le bouddhisme en Occident se traduit d’abord par une vie en communauté, dans un centre bouddhiste alternatif, au sud de Londres. Stephen et Martine commencent à gagner des revenus avec leurs livres et leurs enseignements. Pas d’enfants, « ce serait un sacerdoce dont je ne suis pas capable ». Vie communautaire, puis vie à deux, au bout de six ans.

« La première fois qu’on s’est retrouvés seuls, au petit-déjeuner, cela faisait tout drôle. Quel silence », se souvient-elle !

Stephen et Martine montent un institut d’enseignement bouddhiste. Nouvelle expérience, dont elle ressort avec le sentiment un peu amer  » qu’on ne peut jamais faire évoluer complètement les gens « . Le bouddhisme en Europe, c’est enfin la France, dans un petit village bordelais de l’Entre-deux-mers, une jolie maison de pierres, à côté de la mère et de la grand-mère de Martine, où le couple s’installe, en 2000. Travail, conférences un peu partout dans le monde, lecture, jardinage… Bref,  » une vie totalement ordinaire « .

Martine de retour en Corée

Martine aime ce mot,  » ordinaire « . Elle le répète, à plusieurs reprises, ravie:  » longtemps, j’ai cru que pour vivre pleinement, il fallait des expériences assez extraordinaires. Occidentale en Corée, nonne française en Asie… Maintenant, je suis une femme ordinaire, dans une maison ordinaire, avec une vie ordinaire « . Mais cette vie ordinaire reste spirituelle, assure-t-elle: « Vivre la sagesse, l’éthique, la méditation, au quotidien, dans les relations familiales, de voisinage.

L’aboutissement de ma quête, c’est peut-être de pouvoir passer aujourd’hui deux heures par jour aux dominos avec ma grand-mère de 93 ans !

Isabelle de GAULMYN – La Croix – Mardi 4 mars 2003

Martine Batchelor basée en France, anime en Europe et aux Etats-Unis des retraites qui combinent la tradition du zen coréen où elle fut nonne dix ans et la méditation vipassana de la tradition Théravada – En France, voir Terre d’Eveil.

Elle a publié en français Rencontre avec des Femmes Remarquables que nous avons présenté dans le magazine et Le Zen. Elle a également publié plusieurs ouvrages en anglais : Women in Korean Zen: Lives and Practices, The Spirit of the Buddha, Let go : a Buddhist Guide to breaking free of habits

Voir aussi Martine Batchelor : Qu’est-ce que c’est ?

 

Thaïlande – Mae Chee Kaew (1901-1991), une Arahant des temps modernes

 

L’histoire inspirante des épreuves et des tribulations d’une simple villageoise issue d’une famille pieuse à Baan Huay Sai, dans le nord-est de la Thaïlande. Elle était la cadette d’une famille de 5 enfants, n’ayant tous reçu aucune éducation formelle. Sa mère mourut quand elle avait cinq ans.

À l’âge de 17 ans, elle fut contrainte de se marier. Son mariage ne fut pas heureux et son mari infidèle. Ne pouvant avoir d’enfant, le couple adopta la fille d’un parent.

Lassée des souffrances de cette vie, elle plaidait chaque année auprès de son mari pour participer à une retraite de méditation de trois mois. Ce n’est qu’après l’intervention de son oncle que son mari céda. Après avoir goûté pour la première fois à un renoncement temporaire, Maechee Kaew décida de poursuivre son chemin de toute une vie vers l’illumination.

Bonheur d’aller de l’avant

À l’âge de 37 ans, après 20 ans de mariage, son mari consentit au divorce à condition qu’elle lui cède tous ses biens. Elle prit également des dispositions pour sa fille avant de devenir maechi (mae chee, renonçante). Les défis auxquels elle se trouva confrontée en tant que femme renonçante sont évidents.

Son expérience de méditation

Mae Chee Kaew eut beaucoup de chance d’apprendre la méditation auprès de grands maîtres de la méditation tels qu’Ajahn Sao en 1914 et Ajahn Mun en 1917, lorsqu’ils vinrent séjourner auprès de son village. Les méthodes et les techniques qu’ils lui enseignèrent étaient la répétition du mot ‘buddho’ pour entrer en Samadhi. Après cela, on lui conseilla de se tourner vers l’intérieur pour examiner son esprit, pour enlever les couches et les couches de souillures jusqu’à ce qu’il ne reste que l’esprit pur.

Ajahn Mun constata qu’elle possédait des capacités psychiques hors du commun et un grand potentiel spirituel. Même en tant que débutante, son esprit s’absorbait profondément pendant de nombreuses heures. Ajahn Mun, lui-même un arahant et doté de pouvoirs psychiques, put se rendre compte qu’elle connaissait parfois des épisodes effrayants dans sa méditation. Il demandait à la voir le lendemain matin pour qu’elle lui en parle afin qu’il puisse la guider.

Quand elle sut qu’Ajahn Mun avait décidé de rester à proximité pendant les trois mois de la saison des pluies, Mae Chee Kaew fit don de vingt acres de terre pour la construction d’un monastère, Wat Nong Nong, pour lui et ses disciples. Après la retraite, avant qu’Ajahn Mun ne parte, il lui dit qu’il l’acceptait comme disciple, car il voyait son potentiel pour atteindre le but ultime d’arahant. Elle avait alors 16 ans et son père ne donna pas son consentement. Ajahn Mun lui conseilla alors de cesser de méditer, car sans un enseignant qualifié pour la guider, les capacités étonnantes de son esprit auraient pu lui causer plus de problèmes que de réalisation. Il lui demanda d’attendre un autre maître.

Après être devenue maechi (renonçante), Mae Chee Kaew pratiqua la méditation auprès de divers bhikkhus et reçut un terrain de 20 acres pour la construction d’un lieu de pratique.

 

Disciple d’Ajahn Maha Boowa

En 1951, Ajahn Maha Boowa arriva dans son village et devint son maître. Ajahn Maha Boowa, qui avait lui-même atteint l’état d’arahant, vit également son potentiel d’illumination, mais il vit également le danger qu’elle soit distraite par des phénomènes psychiques auxquels elle risquait de s’attacher, l’empêchant de progresser. Il lui conseilla de tourner son énergie vers l’intérieur pour étudier la nature de son esprit et de son corps.

Lorsqu’elle expérimenta des flots de lumière et une sensation de vide total, elle confondit cette expérience avec le Nirvana. Elle ne croyait pas les conseils de son maître selon lesquels il y avait toujours un élément de souillure personnelle et subtile. Lorsque toutes les explications et tous les conseils échouèrent, Ajahn Boowa lui demanda de partir.

Réalisation de l’Arahantship

Réalisant sa folie et son entêtement, elle s’excusa auprès de son maître puis entra dans une longue retraite silencieuse. Elle pratiquait avec diligence, ne dormait que très peu et, certains jours, ne mangeait pas du tout. Elle identifia d’abord la fausseté des formes, puis de la pensée, et les étapes pour déconstruire le moi. Elle expérimenta finalement la conscience suprême et s’y plongea jusqu’à atteindre son objectif final.

À l’instar de l’expérience du Bouddha et de Ajahn Maha Boowa après leur accomplissement, Mae Chee Kaew se rappela ses vies passées et s’interrogea sur l’impossibilité d’enseigner aux autres comment atteindre le même objectif. Cependant, elle réalisa rapidement que si elle avait pu atteindre la libération, les autres le pourraient aussi.

Pouvoirs psychiques inhabituels

À l’âge de 7 ans, Mae Chee Kaew avait déjà expérimenté des capacités inhabituelles de communication psychique avec des êtres invisibles – divinités célestes, nagas, animaux et fantômes affamés de la cosmologie bouddhiste. Elle était souvent invitée à leur rendre visite dans les différents royaumes céleste et infernal. Elle pouvait même voir les vies passées de ces êtres. Son père la décourageait de parler de ces phénomènes.

À l’âge adulte, en méditant, elle connut des contacts avec des animaux qui se plaignaient auprès d’elle d’avoir été brutalement tués par des fermiers.

Mae Chee Kaew avait la capacité de prédire des événements, de lire les pensées ainsi que certains pouvoirs de guérison. Pendant une saison de sécheresse, elle put mener sa communauté monastique à des sources d’eau cachées dont elle avait eu la vision un jour en méditant.

Elle surprit son maître, Ajahn Maha Boowa, qui vivait à quelques kilomètres de la communauté de renonçantes avec qui elle vivait, en sachant qu’il quittait les environs avec ses disciples. Elle savait exactement quand ils reviendraient et demanda alors aux nonnes de préparer de la nourriture pour la lui offrir le lendemain matin, à plusieurs kilomètres de là.

Mort d’une Arahant

En 1977, on lui diagnostiqua une tuberculose pulmonaire, un diabète et un cancer, mais elle survécut jusqu’en 1991. À sa mort, au moment de la crémation, ses os se transformèrent en reliques de différentes couleurs, en forme de perles et de cristaux. C’était la dernière preuve de ses plus hauts accomplissements spirituels, d’arahant.

Ajahn Maha Boowa, lors de son éloge funèbre, déclara que les chants funèbres n’étaient pas nécessaires, car en tant qu’Arahant, ils ne pouvaient rien lui apporter. Il ajouta également que, que nous soyons un homme ou une femme, nous sommes également capables d’atteindre l’illumination, peu importe la lignée ou la tradition que nous pratiquons. Il fit ériger un stupa à sa mémoire.

Conclusion

Mae Chee Kaew a laissé en héritage une inspiration pour les générations futures. Elle a prouvé que l’obtention de l’état d’Arahant n’est pas impossible, tant pour les femmes que pour les hommes, et même à l’époque moderne. Nous ne devrions donc pas sous-estimer notre potentiel spirituel et notre aspiration à nous consacrer avec ardeur à la pratique.

Cet article a été rédigé par Barbara Yen à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des Bhikkhuni 2014 à la Gotami Vihara Society Malaysia, qui rend hommage aux éminentes femmes bouddhistes asiatiques à l’ère moderne. Traduction Bouddhisme au féminin

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