Travailler sur la notion de séparation par Margaret Coberly

Travailler sur la notion de séparation par Margaret Coberly

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Ma grange ayant totalement brûlé, je peux maintenant voir la lune. (Mizuta Masahide - poete et samouraï japonais du 17ème siècle)

Autour de l’an 600 de notre ère, le maître chinois Chan Sengcan  a déclaré: « La pire maladie de l’esprit est la lutte entre « pour et contre. » Yin ne déteste pas yang; ils sont complémentaires. Les êtres humains ont besoin de travailler et de faire des efforts soutenus pour éviter la polarisation et pour commencer à comprendre leurs différences.

Les gens qui pensent différemment de nous-mêmes n’ont pas absolument tort. Bien sûr, nous devons nous en tenir à nos principes et à notre travail pour la justice sociale. Dans le même temps, plutôt que de devenir un moraliste étroit, nous avons besoin de chercher un terrain d’entente avec toute la famille humaine, même les personnes les plus difficiles, et trouver des façons de rendre le monde un endroit plus compatissant.

Il semble y avoir plus de divisions dans le monde que jamais. Les différences entre les groupes sont si intenses qu’elles en sont devenues effrayantes. Les humains ont toujours eu une nature tribale, selon le point de vue évolutionniste. Naturellement, nous nous rassemblons en groupes de personnes partageant les mêmes idées. Parfois, les gens d’un groupe ont même une apparence physique similaire. La recherche soutient l’idée que les gens sont attirés vers ce qui est familier parce que c’est moins menaçant. En d’autres termes, plus les gens se sentent pareils, plus ils se sentent en sécurité et non menacés. Même ainsi, les humains semblent être génétiquement conditionnés pour s’affronter. Bien que cela puisse prendre la forme de la guerre et de la discorde, les humains ont également conçu des moyens récréatifs pour rivaliser et vivre ensemble pacifiquement. Les sports de compétitions illustrent cela. Nous le voyons dans la façon dont les gens se rassemblent pour soutenir une équipe nationale ou autre.

Il est de plus en plus évident que les gens se rassemblent pour adhérer à un même point de vue, soit vers une pensée plus ouverte, soit vers la crainte que les anciennes façon de vivre puissent changer. Les gens qui sont les moins ouverts  peuvent être portés à une perspective nationaliste et avoir de profondes racines dans la communauté, les institutions et la tradition. Ceux qui sont plus larges d’esprit inclinent naturellement à des frontières et des perspectives ouvertes et à une plus grande conscience globale.

Parmi les problèmes cruciaux auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui, il y a l’immigration et la diversité. La diversité est bonne dans la mesure où elle permet l’innovation et profite à l’économie. En raison de notre nature tribale, cependant, la diversité ethnique peut également affecter les structures sociales et éroder la confiance. Ces arguments ont mené à une guerre des mots, fomentée par une vague de publicité négative et de fausses nouvelles à la télévision et dans les médias sociaux. Beaucoup de gens ne soutiennent plus fermement ce qu’ils croient, mais plutôt luttent contre le dégoûtant, méprisable Autre. Chacun pense qu’il a raison. Plus nous nous diabolisons les uns les autres, plus les divisions deviennent importantes. C’est un tournant décisif dans l’histoire de l’humanité: une confrontation forcée avec nos préjugés les plus profonds.

Nous pouvons soit passer du temps à être malheureux sur la façon dont vont les choses, soit adopter une perspective plus positive et décider de travailler activement pour le bien commun. Mais comment? Comment pouvons-nous participer de façon constructive aux actions pour le bien commun? Cela peut prendre plusieurs formes, même aussi minime que celle d’envoyer de la bonté au monde ou d’embrasser une plante. On peut être bénévole dans une communauté locale pour aider les moins fortunés ou se joindre à des groupes d’action environnementale. Des activités comme celles-ci offrent l’occasion d’être en harmonie avec les nombreuses autres personnes qui travaillent déjà pour le bien-être de la planète plutôt que nourrir des illusions sur leur prospérité personnelle.

Hier à l’épicerie, j’ai repéré une vieille femme qui sortait lentement et précautionneusement en marche arrière de sa place de stationnement. Je m’arrêtai et attendis, heureuse d’avoir trouvé une place. Enfin, après avoir beaucoup lutté avec le volant, elle réussit à sortir et nous avons échangé des gestes amicaux de la main alors que sa voiture repartait en avant. Juste à ce moment là, une autre voiture s’est précipitée devant moi et a pris la place. En regardant le jeune homme sortir et claquer la porte, je me sentais en colère et voulais le réprimander. Mais juste à ce moment-là, je me suis souvenu de quelque chose que Lama Thubten Yeshe disait : « Une fois que vous avez créé le karma produisant un certain résultat, c’est là où vous êtes conduit. » Le jeune homme serrait un portable dans la paume de sa main et était tellement absorbé dans son texto qu’il ne remarquait même pas son comportement. Au moins cette fois là, je me suis souvenu du karma et j’ai pu choisir ma réaction. Je passai devant lui avec un sourire sur mon visage.

À une autre occasion au supermarché, les gens faisaient la queue à la caisse rapide derrière un homme qui avait un caddie chargé d’au moins 30 articles, ils s’agitaient et moi aussi, certaines pensées vraiment haineuses se sont levées dans mon esprit. Afin d’équilibrer mon karma néfaste, j’ai laissé une vieille femme passer devant moi. Juste à ce moment-là, un employé a ouvert une nouvelle caisse et m’a fait signe. «Une fois que vous avez créé le karma produisant un certain résultat, c’est là où vous êtes conduit !» Ces exemples illustrent comment les enseignements du Dharma peuvent nous aider à composer avec les émotions les plus difficiles, apparemment incontrôlables. Notre tâche est de vouloir les mettre consciemment en pratique.

Source Sakyadhita Newsletter fin 2016 – traduction Bouddhisme au féminin.

La confrontation entre les différents groupes et la guerre des médias dont parle Margaret Coberly est une référence directe à la campagne électorale américaine qui a abouti à l’élection de Donald Trump. Le contexte français n’est pas le même, mais les réactions des individus sont bien identiques.