Accueil Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?

quisommesnous

Le magazine est publié sur internet (il n’y a pas de version papier) deux fois par an, mi avril et mi octobre.  Le premier numéro a été publié en 2005.

Nous sommes un groupe à géométrie variable, bien dans la logique internet de notre époque, à la fois souple et informel.

Interview de Jetsunma Tenzin Palmo

Question : Pouvez-vous nous parler de l’importance de pratiquantes émérites dans le Bouddhisme Tibetain ?

Jetsunma Tenzin Palmo : Comme dans la plupart des institutions religieuses, le bouddhisme Tibétain est exprimé par une voix masculine prédominante. Les livres sont écrits par des hommes, presque toutes les lignées sont masculines, tous les exemples qu’on nous propose sont des hommes. S’ils disent : « Oh, mais il y a des grandes pratiquantes » et vous dites : « bon, très bien, où ? », ils répondent : « Ah mais il y a Yeshe Tsogyal, au 8ème siècle, il y a Machik Lapdron, au 11ème siècle, et il y a Jomo Manmo au 13ème siècle. » C’est facile, dès que vous avez terminé de les énumérer sur une seule main, vous n’avez plus d’autres exemples, alors que les hommes sont aussi nombreux que les étoiles dans le ciel. À notre époque, ce n’est plus acceptable. Les femmes aussi doivent avoir une voix, qui est très distincte et, pour établir un équilibre dans le Dharma, ces voix doivent être entendues. »

Extrait de « Into the Heart of Life » Traduction Bouddhisme au féminin

Ailleurs, Jetsunma a écrit : « c’est pourquoi il est plus important à notre époque, pour aider le monde, de renaître dans le corps d’une femme. »

Il y a déjà maintenant plus d’une dizaine d’année, dans plusieurs forums, quelques unes d’entre nous ont eu l’occasion d’échanger sur le bouddhisme en général et sur le bouddhisme et les femmes en particulier. Ce qui nous reliait, c’est que nous avions toutes une conscience aigüe de l’absence de parole féminine dans les textes bouddhiques d’abord, mais aussi dans les médias comme Bouddhisme Actualités et à l’époque Voix bouddhistes sur France 2, ainsi que sur les différents sites Internet.

Nous ne nous connaissions que par emails, mais nous avions un désir commun, trouver et faire connaitre des modèles de femmes qui inspirent notre pratique. C’est l’ouvrage sur Tenzin Palmo, « un ermitage dans la neige » qui a été le déclencheur. Nous voulions faire connaitre cette femme qui a passé douze ans dans un ermitage à quatre mille mètres d’altitude et aussi nous retrouvions dans son témoignage les barrières « invisibles » dressées contre la pratique des femmes.

Après quelques tentatives de blogs, l’idée d’un magazine sur internet a mûri et nous nous sommes lancées dans l’aventure. Un noyau s’est peu à peu constitué, toujours par Internet, sans d’autres liens que notre intérêt commun et sans préoccupations géographiques. L’une de nos traductrices habite la Finlande, d’autres amies sont au Canada, en Belgique ou dans diverses régions de France.

Tous les sujets qui touchent aux femmes et au bouddhisme sont les bienvenus. Les lectrices (et les lecteurs) peuvent proposer des articles, une contribution, un lien, un site, un livre, un film, etc.
Au fil des numéros, certaines participent brièvement, d’autres se sont en quelque sorte « spécialisées » dans une rubrique. Nous trouvons souvent du matériel auprès des femmes bouddhistes américaines qui publient et prennent la parole plus que les Françaises. D’ailleurs, notre page Facebook a été lancée par une amie de Suisse romande qui vit aux États Unis.

Nos objectifs ?

Nous vivons dans un monde de tradition chrétienne. Certes, la religion chrétienne est loin d’être exempte de discrimination, mais il y a une grande tradition de figures mariales, de saintes élevées au rang de « docteurs » de l’Église telles Térèse d’Avila, Thérèse de Liseux, des textes et des témoignages d’expériences spirituelles de femmes.
À notre connaissance, rien de comparable n’existe dans le bouddhisme où la parole est toujours masculine, quelle que soit la tradition.
Ainsi, dans l’ouvrage « Aux Sources du Bouddhisme », une compilation érudite sous la direction de Liliane Silburn, il n’y a pas – en 500 pages ! – une seule citation de femme. Les femmes réalisées ne sont jamais évoquées ni regardées comme des modèles.
Comment dans ces conditions ne pas douter de ses propres capacités à atteindre l’éveil ? D’autant que, dans toute l’Asie, naitre femme est clairement regardé comme une naissance « ‘inférieure », résultant d’un « mauvais karma. » Les femmes sont mêmes conditionnées à « accumuler du mérite » en vue de renaître en homme.

Nous n’acceptons pas cette façon de penser. Lorsque le bouddhisme est arrivé en Occident, des pratiquantes anglo saxonnes ont fait des recherches approfondies et publiées des traductions d’ouvrages relatant l’éveil de femmes.
Nous avons présenté ces ouvrages dans le magazine :
le Thérigata (le cantique des anciennes), est paru en français sous le titre (contestable) de « Bouddha et les femmes »,
« Women of the Way«  explore 2500 ans d’histoire bouddhiste, plus particulièrement dans la tradition zen,
« Women of Wisdom«  relate des biographies de pratiquantes tibétaines remarquables.
Nous nous employons aussi à faire connaitre beaucoup d’autres ouvrages écrits par – ou sur – des pratiquantes bouddhistes.

Nous espérons grâce aux quelques plus de vingt numéros actuels du magazine – ce qui représente un bon nombre d’articles, de vidéos, de livres et de films – avoir fait évoluer la réflexion aussi bien chez les femmes qui nous lisent que chez les hommes qui, eux aussi, n’avaient peut-être pas pris conscience de cette absence de parole de la moitié du monde bouddhiste.
Cela fait maintenant plus de dix ans que le magazine est présent sur le net, il a touché un grand nombre de femmes bouddhistes. Les témoignages que nous recevons nous montre qu’il les a fait évoluer dans leur regard sur le bouddhisme et sur elles-mêmes.

Pourtant, dans beaucoup de centres bouddhistes, l’absence de modèles féminins est encore bien souvent passée sous silence. Le conditionnement patriarcal d’une parole masculine prédominante est si ancré dans la société que beaucoup de débutantes ne s’en rendent pas compte tout de suite. Si elles finissent par le réaliser, souvent elles n’osent pas en parler, au risque de se voir répondre que, puisque nous avons toutes et tous la nature de Bouddha en nous, ce genre de questionnement n’a pas lieu d’être. Il y a là une véritable négation de la souffrance spirituelle des femmes.

Nos actions ?

Faire connaitre le maximum de livres traitant de la pratique de femmes bouddhistes.

Célébrer à chaque numéro une enseignante remarquable sur laquelle nous disposons de suffisamment d’informations pour pouvoir la présenter. Nous espérons ainsi donner aux femmes confiance en elles, car ce sont bien souvent les femmes elles-mêmes qui ont intériorisé le fait que l’autorité spirituelle soit forcément masculine et qui privilégient une parole d’homme.

Faire connaitre toutes les enseignantes bouddhistes en régions francophones. Elles sont de plus en plus nombreuses et il serait tout à fait normal qu’elles soient davantage présentes dans les médias bouddhistes, dans les instances de l’UBF, etc.
Le déséquilibre actuel est une grande perte pour tout le monde, car les femmes sont porteuses de richesses qui leur sont propres.

Et justement, au delà du monde bouddhiste, nous présentons également des femmes d’exception qui luttent dans différents domaines au sein de leur communauté et qui ont souvent à leur actif des réalisations et des succès remarquables.
Le monde ne pourra changer que si la valeur spécifique des femmes est reconnue et leur parole et leur expérience entendues.

Nous revenons régulièrement dans le magazine sur le conditionnement précoce que subissent les petites filles, encore ici en France à notre époque où les stéréotypes ont la vie dure, y compris en milieu scolaire.
Dans les médias, quand il y a une vedette enfantine, c’est quasiment toujours un garçon. Si un film prend pour thème un « parcours initiatique » d’enfant, c’est à 99 % des parcours de garçons. Les bandes dessinées et les dessins animés traitent quasiment toujours de personnages masculins (humains ou non), sans même parler des jeux vidéos ! Les fillettes n’ont pratiquement pas d’existence autonome jusqu’au moment où elles deviennent sexuellement attractives et rentrent dans le cadre d’histoires de séduction. Or ce conditionnement n’est généralement pas perçu par les parents (ni par les médias eux-mêmes).

Rendre compte de l’évolution de la situation des femmes bouddhistes dans le monde fait aussi partie de nos actions.
Les femmes occidentales ont incontestablement apporté un nouveau souffle au bouddhisme en perte de vitesse dans les pays asiatiques émergents.
Elles jouent un rôle de catalyseur, car elles ne veulent pas se limiter au rôle asiatique traditionnel de la femme qui apporte un soutien matériel aux moines, sans pratiquer elles-mêmes.
Elles ont pu constater que, depuis l’époque du Bouddha, le statut des pratiquantes a régressé. Chez les Tibétains, l’ordination complète de Bikkhuni n’est toujours pas accessible aux nonnes. Dans le Théravada, les choses ont évolué dans le bon sens au Sri Lanka, mais l’ordination complète rencontre encore bien des résistances en Thaïlande et en Birmanie.

Cette constatation a mené à la création de Sakyadhita, une association internationale de pratiquantes qui réunit tous les deux ans des centaines de nonnes et de laïques du monde entier. Nous recevons le témoignage de participantes que nous relayons. L’événement de 2013 avait été particulièrement marquant puisque la réunion se déroulait en Inde sur les lieux même où le Bouddha a vécu et a ordonné Mahapajapati, la première nonne bouddhiste de l’histoire.

C’est à l’occasion des revendications de nonnes à retrouver leur droit à une ordination complète que certains moines hauts placés dans la hiérarchie de leur sangha ont manifestés ouvertement leur opposition à accorder aux femmes le même statut que celui dont ils bénéficient. Nous avons rendu compte de ces luttes au sein de la communauté bouddhiste et du soutien actif que les nonnes rencontrent auprès d’autres moines.

Nous partageons des réflexions, des témoignages, des articles qui élargissent notre horizon, d’autant que nous traitons de toutes les traditions, c’est l’occasion pour les lectrices de mieux comprendre les véhicules différents du leur et de dépasser certains conditionnements discriminatoires venus d’Asie.

Enfin, nous invitons les lectrices et les lecteurs à des actions concrètes pour incarner dans leur vie de tous les jours les valeurs du bouddhisme, que ce soit manger végétarien, soutenir une banque éthique, aider des associations diverses, etc…

Notre désir est que chaque numéro du magazine soit un moment de partage, de découverte, mais aussi d’enrichissement et de questionnement.

L’équipe de Bouddhisme au féminin