Myokyo-Ni Roshi

Myokyo-Ni Roshi

PARTAGER

La vénérable Myokyo-ni, qui est morte à 86 ans, était à la tête du Centre Zen de Londres. Une pionnière de la pratique bouddhiste à l’ouest, elle était une formidable présence dans le monde britannique bouddhiste. Né Irmgard Schloegl à Leitersdorf en Autriche, elle avait obtenu un doctorat en sciences physiques à l’Université de Graz. Elle vient en Grande-Bretagne en 1950 en tant que conférencière en minéralogie à l’Imperial College de Londres, et peu après rejoint la Société bouddhiste de Londres dirigée par Christmas Humphreys, qui avait fondé la société en 1924. L’enseignement de ce dernier était caractérisé par une approche intellectuelle plutôt que par de longues périodes de méditation.

En 1960, elle se rend au Japon et reçoit une formation au monastère Daitoku-ji pendant six ans sous Oda Sesso Roshi et, après sa mort, pour une durée de six ans sous son successeur Sojun Kannon Roshi.

Fondé en 1319, le monastère Daitoku-ji délivre la formation très stricte de l’école Rinzai du Zen japonais. La pratique inclut des sessions intensives de zazen, la contemplation des koans, et le strict respect des formes monastiques. D’autres qui ont subi une telle formation ont témoigné de sa rigueur. Le parcours de Irmgard Schloegl dans la vie monastique japonaise a été facilité par Ruth Fuller Sasaki, une femme américaine qui avait déjà été acceptée comme un prêtre zen et avait fondé un zendo de formation à Zazen pour les étrangers.

En 1966, après la mort de Oda Sesso Roshi, elle retourne en Angleterre pendant neuf mois, période durant laquelle elle commence à enseigner Zazen à la Société Bouddhiste de Londres à un petit groupe qu’elle retrouve lorsqu’elle revient définitivement en 1972.

Un Centre Zen est officiellement créé en 1979. Pendant cette période, elle vit à la maison de Christmas Humphreys auquel elle se référait affectueusement comme «père». A la mort de celui-ci en 1983, sa résidence est légué au Centre Zen pour devenir « Shobo-Hermitage », un temple de formation résidentielle.

En 1984, Soko Morinaga Roshi, qui avait été moine principal du monastère Daitoku-ji pendant le temps ou Myokyo-ni y avait reçu sa formation, se rend en visite en Angleterre avec 6 moines, le nombre requis pour ordonner Imgard Schloegel à la fois comme nonne et comme enseignante et inaugurer le centre Shobo-an. L’ordination se déroule au monastère Théravada de la tradition de la forêt à Chithurst le 22 Juillet, à l’invitation de l’abbé Ajahn Sumedho. Soko Morinaga Roshi donne à Imgard Schloegel le nom de Myokyo-ni, qui était le nom qu’il lui avait donné lors de son séjour au Japon. (Myokyo signifie Miroir du subtil, et le suffixe ni signifie nonne).

La vénérable Myokyo-ni est l’auteure de plusieurs ouvrages sur le bouddhisme zen, dont une traduction de l’enseignement Rinzai (Linji). Elle a guidé la traduction du Discours de la lampe inépuisable par Maître Torei, qui a reçu le prix de la culture par l’Association des traducteurs japonais en 1991.

Alors que l’enseignement Myokyo-ni était très différent de celui de Humphreys, elle était d’accord avec lui sur la nécessité de comprendre les bases de l’enseignement bouddhiste avant de se lancer dans le Zen, et comme Humphreys, elle a souligné que le Zen est fidèle aux mêmes principes que toutes les écoles bouddhistes : «De nombreuses écoles; une seule vue. »

Avant son voyage au Japon, elle avait fait une analyse jungienne, et elle a parlé de la pratique bouddhiste comme moyen de transformation de la psyché et de l’aspiration du cœur vers la complétude et la compassion (sans perdre de vue « l’ombre »).

De 2002 jusqu’à sa mort en 2007, la Vénérable Myokyo-ni vit à Fairlight (Luton), l’un des deux centres zen de formation, où elle reçoit les étudiants et donne régulièrement des « Teisho » (entretiens Zen). Fairlight a été fondé et inauguré en tant que temple bouddhiste zen par la Vénérable Myokyo-ni le 8 Avril 1996. Les deux temples continuent à fonctionner avec ses disciples, offrant des cours de méditation, des sesshins régulières et une formation résidentielle pour les membres du Centre Zen. Fairlight est désormais géré par le Vén. Sogen, avec l’aide du Vén. Myosui et Shobo-an, l’autre centre de St John’s Wood à Londres est géré par le Vén. Myokun.

En gardant les traditions qu’elle avait rencontrés à Daitokuji, Myokyo-ni était sévère avec ses élèves, en disant: «. [] Les difficultés sont là pour réprimer les incendies en nous. » Tous ceux qui la connaissaient ont témoigné de sa force de caractère – parfois violemment perspicace, parfois profondément compatissante. Surtout dans dokusan, les entretiens formels entre l’élève et le maître qui peuvent être des occasions de rencontre directe, elle pouvait incarner une présence étrangement puissante.

Daiyu (qui signifie «Grand chêne ») a été ajouté au nom de Myokyo-ni après sa mort pour qu’elle soit maintenant officiellement connue sous le nom Daiyu Myokyo Zenji.

Ci-dessous une vidéo de Rohatsu, la grande sesshin d’hiver à laquelle Myokyo-ni participait chaque hiver durant ses douze années de formation dans son propre monastère.

Elle précise dans son ouvrage « La voie du zen » que, à Daitokuji, les horaires de sesshin étaient de 2h du matin à 11 h du soir, donc, contrairement à la vidéo présentée, les participant(e)s avaient le droit de s’allonger trois heures. Elle écrit : « La session de Rohatsu est impitoyable, et au cas où nous l’aurions oublié, elle nous rappelle que la Grande Affaire est une question de vie ou de mort. Un petit peu du moi meurt à chaque Rohatsu. »