Les femmes tibétaines vues par Alexandra David neel

Les femmes tibétaines vues par Alexandra David neel

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Extrait de l’article :

une Occidentale face aux femmes tibétaines
(Voyages et aventures de l’esprit, collection Question de – Albin Michel)

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« Une question qui m’a été souvent posée est: Les femmes tibétaines sont-elles dévotes ? –
Avant de répondre il faudrait s’entendre sur l’acception que l’on donne au terme dévot. S’il s’agit d’une relation affectueuse, sentimentale, avec une personnalité vénérée comme c’est le cas chez les fidèles de l’Eglise Catholique ou de diverses sectes hindoues, on doit répondre non. Ce genre de mysticisme est étranger aux races jaunes dont les Tibétains font partie.
Si par dévot l’on désigne l’individu qui se livre à des pratiques visant à plaire à une personnalité estimée capable de dispenser des avantages matériels à ceux qui lui sont agréables ou, d’autre part, de se concilier des êtres aux dispositions malveillantes possédant le pouvoir de nuire, alors, selon cette dernière acception tous les Tibétains sont bigots, à l’exception d’une minorité d’intellectuels comprenant quelques rares spécimens féminins.

Dans nos pays on entend parfois dire, par dénigrement que la religion est affaire de femmes. Il serait impossible de tenir ce propos en Asie. De toute évidence les idées religieuses, la vie spirituelle y sont spécialement le domaine des hommes. Le Tibet ne fait point exception. Ses femmes peuvent bien s’être fait une place importante dans la vie sociale laïque, elles n’en restent pas moins à l’écart du monde religieux ou n’y occupent qu’une situation effacée.

Comparativement au nombre de moines (certains monastères comptent de huit à dix mille membres), celui des religieuses est minime et l’on trouve rarement parmi elles, l’érudition philosophique que possèdent les lamas gradués des grands collèges monastiques.

Aucune restriction ne barre pourtant aux Tibétaines l’accès de la vie religieuse, mais elles n’y sont guère portées. Quelques unes: érudites, philosophes ou mystiques ont pourtant toujours fait exception, mais de nos jours comme dans les siècles passés, on les rencontre plutôt en dehors des couvents, parmi ces étranges dame-spirites vivant seules au désert dans des huttes ou des caravanes autour desquelles les neiges hivernales dressent, pendant des mois, un rempart impénétrable… »

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Il ne déplaisait pas à Alexandra d’être prise pour l’une de ces dames-spirites, ces « khandomas », d’ailleurs, à un moment donné, elle sera regardé comme une sorte de magicienne-fée et respectée comme telle par les bonnes gens tibétains, ce qui l’amusera beaucoup. A propos des ermites, il faut noter que son propre maitre, qui était à la tête d’un monastère, éprouvait la nécessité de s’en éloigner la moitié de l’année durant laquelle il vivait en reclus, assisté néanmoins de serviteurs et disciples. Alexandra non plus, quand elle vivra dans sa maisonnette, n’était pas réellement seule — comme Tenzin Palmo par exemple —, il y avait toujours non loin de là des serviteurs pour l’assister si nécessaire.

Lorsqu’elle écrit que « aucune restriction ne barre aux Tibétaines l’accès de la vie religieuse, mais elles n’y sont guère portées », rappelons qu’elle a elle-même décrit ailleurs le statut misérable des nonnes. Et elle semble oublier le poids d’un conditionnement dans toute l’Asie qui inculque aux femmes dès leur enfance qu’elles ne sont pas aptes à pratiquer la voie spirituelle avec les mêmes chances qu’un homme, qu’elles ne peuvent espérer recevoir le même support et le même respect de la part des laïcs, et qu’au contraire, les nonnes étaient (c’est en train de changer) considérées comme des servantes. (un vieil adage tibétain disait: «Si tu veux un maître, fais de ton fils un moine. Si tu veux une servante, fais de ta fille une nonne.»).

Pourtant, c’est bien parce que la condition des femmes tibétaines mariées n’était pas — et n’est pas — forcément enviable, que certaines préfèraient et préfèrent tout de même la vie de nonne, si précaire soit-elle. L’ouvrage Himlayan Hermitess relate précisément la vie d’une de ces femmes-ermites tibétaine qui, elle aussi, comme le Gomchen de Latchen (le maître d’Alexandra au Sikkim) éprouvera le besoin de quitter le monastère, pour pouvoir pratiquer selon ses besoins.