La convergence des chemins spirituels : interview de Michèle Michael

La convergence des chemins spirituels : interview de Michèle Michael

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voyages en pays d'éveil et de saintetéBouddhisme au féminin : Michèle Michael, vous venez de publier un ouvrage intitulé Voyages en pays d’Eveil et de Sainteté. Les premiers mots de ce livre en résument bien le contenu : Quelle convergence existe-t-il entre le cheminement spirituel du maitre théravadin Ajahn Mun et Madame Guyon, la grande mystique chrétienne encore méconnue ? entre Gerta Ital qui emprunta la voie de l’école Rinzaï du bouddhisme zen et Swami Ramdas, qui pratiqua le bakti-yoga, le chemin de la dévotion ? Ne s’agit-il pas d’une question de la plus haute importance pour un chercheur en quête de Vérité ? Cela ne revient-il pas à s’interroger sur ce qu’est le cœur d’une pratique spirituelle ?

Donc, vous rapprochez chrétiens, bouddhistes et hindous, mais éveil et sainteté sont souvent regardés comme relevant de deux systèmes de pensée totalement différent, et vous, vous les rapprochez ?

Michèle Michael : Justement, les approches paraissent tout à fait dissemblables, cependant les réalisations spirituelles peuvent être de même nature, c’est cela qui est interpellant et c’est l’objet de ce livre.

Quand on s’engage sur un chemin, on a tendance à penser que c’est le meilleur, ce qui est sans doute vrai pour soi-même, mais pas forcément pour les autres. Il y a beaucoup de rencontres oecuméniques depuis quelques années, pourtant les murs subsistent. Ces rencontres se déroulent entre des êtres qui sont encore dans le conditionné, alors chacun campe sur ses positions, tandis que des êtres éveillés ne peuvent pas ne pas se comprendre, quelle que soit leur religion.

BF : Puisque le Bouddha a invité ses disciples à ne rien croire sinon sa propre expérience, diriez-vous cela aussi des différents courants bouddhistes ?

MM : Certainement, chaque courant est persuadé d’avoir le chemin le plus authentique. C’est seulement en admettant la réalité de la réalisation spirituelle des autres chemins, y compris dans les religions théistes qu’on peut arriver à un véritable oecuménisme.

À ce moment-là, on comprend que le chemin qu’on suit est le meilleur pour soi-même, mais que, pour d’autres, d’autres chemins seront les meilleurs, cela désamorce le désir de conversion, voire de violence à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme nous.

BF : Vous décrivez en détail le cheminement spirituel de dix personnes, cinq femmes dont trois bouddhistes et cinq hommes, qu’est-ce qui a guidé votre choix ?

MM : Ce sont des êtres qui m’ont inspiré par leur sincérité, même si leur voie n’est pas la mienne, j’admire leur détermination et, évidemment, leur réalisation.

J’ai délibérément choisi un équilibre entre les femmes et les hommes, car femmes et hommes ont les mêmes possibilités de réalisation spirituelle, cette parité ne se reflète pas comme on le sait dans les grands textes spirituels qui sont à l’origine des religions, pas plus que dans le pouvoir spirituel actuel et passé. C’est pourquoi j’ai choisi, non de comparer des textes, mais de faire un rapprochement entre des expériences vécues. Quand il y a expérience d’un certain degré de la Réalité Ultime, il y a forcément convergence entre les différentes voies, à la mesure bien entendu du degré de connaissance directe de cette Réalité Ultime.

BF : Est-ce que ce sont vraiment dix chemins différents ?

MM : Oui, même chez les chrétiens, (trois) l’approche de chacun(e) est différente. D’ailleurs, je ne prétends pas avoir proposé un panorama exhaustif des différents chemins possibles, loin s’en faut. Ce qui compte c’est qu’il y a dans toutes ces approches des points communs que je me suis efforcée de mettre en lumière. Les lois physiques ont été découvertes grâce à l’observation de phénomènes physiques, il y a également des lois spirituelles dont on peut essayer d’avoir un aperçu à partir de l’observation des manifestations du spirituel. C’est le but de ce livre.

BF : Dans les quatre bouddhistes que vous avez choisi, trois sont des femmes que nous avons présentées dans le magazine :  Ayya Khema, Gerta Ital et Tenzin Palmo.

MM : Oui, j’ai retracé en détail leur parcours de vie et de réalisation et mis en lumière des points essentiels de leurs enseignements, avec une mise en relation constante des chemins entre eux. Par exemple, les correspondances fascinantes existant entre les pouvoirs « yoguiques » connus à la fois dans le bouddhisme et l’hindouisme et les phénomènes tout à fait hors du commun qui ont jalonné la vie de Mère Yvonne Aimée de Jésus, ou les capacités de transmission directe que l’on retrouve dans des chemins fort différents. Mon propos était de trouver les points communs, sans omettre les différences bien entendu.

BF : Face à l’intolérance et au fanatisme, il y a, en ce moment, un vrai désir de comprendre l’autre, les autres.

MM : Oui, c’est un aspect positif de notre époque. Nous avons de plus en plus conscience du relatif de nos croyances et de nos modes de penser. On aspire à chercher l’universel qui transcende tout ce qui est conditionné. Dans notre monde occidental, il y a eu dans les années 60 un engouement pour l’hindouisme et maintenant le bouddhisme s’implante de plus en plus.
Un processus de maturation a eu lieu au fil des ans et, désormais, il y a un besoin de mettre l’accent sur ce que les chrétiens, les hindous et les bouddhistes ont en commun, les passages obligés qui sont au cœur de toute pratique, sans nier les différences d’approche.
Il ne s’agit pas de créer une sorte de synthèse artificielle, mais d’élargir notre vision et, par conséquent, notre compréhension et notre acceptation d’une nécessaire diversité.

BF : Les parcours que vous avez choisi sont très inspirants, les paroles de ces êtres éveillés nous touchent par leur sincérité.

MM : Leur sincérité et leurs réalisations. À différents degrés, elles/ils ont touché une dimension transcendante, qu’on l’appelle Nature de Bouddha, Brahman, Dieu ou la Source Primordiale. C’est le but d’une pratique, c’est la promesse du Bouddha de la fin de la souffrance.

C’est très encourageant de constater que, à notre époque, dans différentes traditions, des femmes et des hommes ont connu des niveaux de conscience au-delà du niveau de la vie ordinaire, et certains d’entre eux au moins sont des êtres totalement libérés du petit moi existentiel.

Les témoignages d’Eveil et de Sainteté de ces êtres d’exception nous permettent d’entretenir cette espérance que, pour nous aussi, maintenant, dans cette vie, il nous est possible de réaliser notre Nature de Bouddha, la Source, l’Un, Dieu en nous. C’est une perspective indispensable pour maintenir vivante notre pratique.

Michèle Michael a commencé une pratique de méditation dans le Zen en 1974. C’est alors qu’elle a rencontré l’enseignement d’Edouard Salim Michael basé sur une pratique méditative et le développement de la vigilance dans la vie quotidienne selon une approche expérimentale n’appartenant à aucune tradition ;  cela lui a donné la liberté d’apprécier et de confronter les différents chemins, ainsi qu’elle le fait dans cet ouvrage.