Art Sacré Japonais : Les Jizôs, bouddhas protecteurs

Art Sacré Japonais : Les Jizôs, bouddhas protecteurs

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La voie d’une céramiste Patrizia Rovere

L’incarnation de la compassion

Issu de la tradition Bouddhiste, Jizô est un bodhisattva, un être qui a atteint l’éveil mais qui a décidé de rester sur terre, pour se consacrer à la compassion de ses semblables.
C’est un être protecteur, il veille sur les êtres humains.
Il est l’ami des enfants. Il les console quand ils percent leurs dents, il les berce lorsqu’ils pleurent et que les parents sont absents. Il est de coutume que les mères ayant perdu un enfant confectionnent un bavoir rouge et l’accrochent à une statue de Jizô. Il est d’ailleurs à noter que ces statues sont souvent regroupées, ce sont parfois plusieurs dizaines de statues Jizô qui se côtoient.
Les voyageurs ont aussi fait de Jizô leur protecteur pour parcourir les routes pleines de danger, que ce soit des agresseurs, des voleurs ou des démons. Ainsi, croise-t-on régulièrement sur les routes de la campagne japonaise des statues de Jizô isolées. Parfois, sur les grands axes, des petits sanctuaires ont été construits et lui sont dédiés. On le trouve même sous forme d’un empilement de pierres anthropomorphes.

jizos

A l’origine l’Inde et le bouddhisme

Originaire de l’Inde, son nom était Kshitigarbha qui en sanskrit signifie « matrice ou grenier de la terre », c’est-à-dire la capacité de celle-ci à apporter le nécessaire à l’être humain.
Il fait partie des quatre grands bodhisattvas les plus vénérés en Chine. Il s’est développé au Japon à la fin de l’époque Heian (794-1192) et au moyen-âge. Sa forme initiale est celle du jeune moine pèlerin. Il est devenu une divinité majeure du Bouddhisme au Japon de par sa fonction de protection, sa symbolique de transformation et de renaissance heureuse, son air tendre qui le rend si accessible.

Il inspire les poètes

grande statue Jizo
grande statue Jizo

Des oeillets en fleur
devant et derrière
le bodhisattva Jizo
Kobayashi Issa
Une pauvre prière
fragile comme une pierre
en équilibre sur la tête de Jizô
Paul Claudel
La fête de Jizô a lieu chaque année à la fin du mois d’août au Japon, une journée pour les enfants, une occasion pour offrir jeux, cadeaux et de friandises. La couleur de cette fête est le rouge, ainsi les Jizôs vont porter coiffes et bavoirs rouge. Et la journée finira éclairée par des lanternes rouges et de feux d’artifice.

Patrizia Rovere et Jizô, une rencontre sur le chemin de la tendresse

Artiste céramiste, Patrizia Rovere a été formée par son maître japonais de céramique Rizü Takahashi. Elle découvre les photos de Jizô réalisées par un ami Jean-Paul Crouzat à son retour d’un voyage au Japon. Très tôt sur la voie de la spiritualité, elle pratique le Taï Chi Chuan et a suivi la voie tantrique et t’chan (bouddhisme chinois) auprès de Daniel Odier, elle trouve avec bonheur dans le Jizô cette belle expression de la tendresse, de la simplicité, de l’authenticité et de la quiétude des êtres éveillés.
Tout de suite séduite elle le sculpte sous plusieurs aspects, certains traditionnels : Jizô pèlerin, Jizô en prière, Jizô de la forêt et un Jizô plus contemporain : le jizô du vent.

P.Rovere dans son atelier (crédit photo Cynthia Jacquelet)
P.Rovere dans son atelier
(crédit photo Cynthia Jacquelet)

Une artiste sur la voie du sacré dans la céramique

Guidée par son amour de la matière, son geste et ses créations sont expression pure, originelle et spontanée. La création est pour elle une voie de l’attention, un art sacré par la pleine présence dans ce qu’elle modèle. Elle applique de façon naturelle le principe du wabi-sabi, issu du bouddhisme zen et du taoïsme, qui prône le retour à une simplicité, une sobriété paisible pouvant influencer positivement l’existence, où l’on peut reconnaître et ressentir la beauté des choses imparfaites, éphémères et modestes et des matériaux naturels. Cette attention aux choses, ce sens du détail, elle le retrouve dans la cérémonie du thé qui lui est transmise par RizüTakahashi, maître de cérémonie du thé, lui-même initié au Japon par un maître zen. Elle réalise d’ailleurs elle-même ses céramiques pour cette cérémonie : la bouilloire (chagama), le brasero (furo), le pot à eau (mizusashi), le bol (chawan), le pot à thé (natsume) la poubelle à eau (kenzi)

Cérémonie du thé
Cérémonie du thé

 

Céramiques faites par P.Rovere pour la cérémonie
Céramiques faites par P.Rovere pour la cérémonie

Certaines pièces sont biscuitées et patinées, pour d’autres La cuisson utilisée est très particulière, d’origine japonaise, faite dans un four à bois Anagama, deuxième acte créatif, issu de la complicité entre le feu, le four et la céramiste.
La cuisson dure cinq jours, des équipes de deux personnes se relaient jour et nuit et la température monte jusqu’à 1300 degrés. Aucun émail n’est utilisé, chaque pièce est unique, c’est la cendre et le feu qui vont donner à la terre ses couleurs et son aspect à la fois si naturel et si raffiné. Une transformation profonde va se faire, histoire d’amour entre le feu, la terre et la céramiste qui va nourrir le feu d’impressionnantes quantités de bois. La terre prend un aspect minéral et vitrifié, comme si les céramiques étaient extraites de la roche. Les volumes créés par Patrizia accueillent l’expression du feu qui devient le peintre de la terre en y déposant des rouges des jaunes, des verts de façon aléatoire.

Le four Anagama
Le four Anagama

Inviter les jizôs chez vous Les jizôs réalisés par Patrizia Rovere dans son atelier Entre Terre et Feu à Montauban respectent la tradition wabi-sabi, ils sont de tailles diverses, des petits modèles aux grandes et superbes statues de 1m20 à 1m60. Inviter chez soi ou offrir ce bodhisattva c’est accueillir à la maison ou au jardin : harmonie, joie de vivre et bienveillance. Convier le sacré chez soi.
Pour en savoir plus et pour inviter des Jizôs chez vous aller sur le blog de Patricia

Trois jizos en prière
Trois Jizôs en prière